À quand un parti vert en Inde ?

De vieux autobus sur une route de Calcutta, l’une des villes les plus polluées de l’Inde, qui souffre toujours de l’absence d’un véritable parti vert.
Photo: Agence France-Presse (photo) Deshakalyan Chowdhury De vieux autobus sur une route de Calcutta, l’une des villes les plus polluées de l’Inde, qui souffre toujours de l’absence d’un véritable parti vert.

New Delhi — La scène politique indienne est bondée et, pourtant, elle souffre d'une absence franchement étonnante: celle d'un parti vert. Un homme s'est mis dans la tête de le créer, Subhas Dutta, infatigable activiste de Calcutta. Il est comptable de métier. «Le mouvement environnementaliste indien est aussi dynamique qu'il est éparpillé, dit-il. Une constellation de groupes de pression. Je ne suis pas le seul à trouver que le moment est venu de l'unifier en mettant sur pied un parti en bonne et due forme.»

M. Dutta, on le surnomme le Ralph Nader des pauvres. Politiciens et fonctionnaires en ont peur. Increvable chien de garde de l'environnement, il a remporté contre les pollueurs des succès qui l'ont rendu célèbre partout au pays. Stratégie de prédilection: multiplier, au nom de l'intérêt public, les requêtes devant les tribunaux. Une procédure que l'on appelle en Inde «public interest litigation (pil)». Des pils, il en a présenté une cinquantaine au cours des dernières années, avec les moyens du bord. Un travail de fourmi, quand on sait à quel point la justice indienne peut être lente et tatillonne — et le souci général pour la protection de l'environnement peu affûté. C'est lui qui a forcé les autorités à agir contre la dégradation de sites historiques de Calcutta comme le Jardin botanique et le Maidan, grand parc urbain et poumon de la ville que les politiciens laissaient, par exemple, se transformer en parking et en dépotoir quand ils y tenaient des rassemblements partisans. C'est par lui que les tribunaux ont obligé le gouvernement à bannir des rues de la ville 60 000 vieilles voitures. Et c'est en bonne partie grâce à lui encore si la Haute Cour de Calcutta a créé dans l'État du Bengale-Occidental, en 1996, le premier «tribunal vert» de l'Inde. «Le fulgurant développement économique d'aujourd'hui ne doit pas être la destruction de demain», assène M. Dutta, joint à Calcutta, d'une phrase manifestement rodée.

Une destruction déjà bien commencée, à en juger par les constats des environnementalistes, mais aussi des organismes gouvernementaux spécialisés. Au moins 70 % des eaux de surface du pays sont polluées à divers degrés, pour cause de rejet des déchets domestiques et industriels, et c'est à peine si les municipalités traitent leurs eaux usées. Même cauchemar en ce qui a trait à la gestion des déchets. Beaucoup de lois environnementales ont été votées depuis la catastrophe de Bhopal — survenue en 1984 quand une fuite de gaz toxique est survenue à l'usine de la Union carbide —, mais qui sont au final appliquées avec bien peu de conviction. La corruption et l'indifférence complice des secteurs public et privé continuent, dans les faits, de faire la loi. La presse indienne déborde d'articles étalant le mépris des règles environnementales affiché par la grande entreprise dans le domaine de l'exploitation minière et hydro-électrique.


Des politiciens à genoux

En 2006, un palmarès dressé par la revue américaine Newsweek faisait de Ghaziabad, en Uttar Pradesh, l'une des «dix villes les plus dynamiques» au monde. En décembre dernier, le gouvernement indien annonçait la création d'un nouvel index national de la pollution: des 88 zones étudiées, Ghaziabad y était recensée comme la troisième du point de vue de la pollution en Inde. En réaction au rapport, le ministre de l'Environnement et des Forêts, Jairam Ramesh, a pressé les gouvernements des États indiens de surseoir à toute nouvelle expansion industrielle dans ces zones jusqu'à ce que des plans de contrôle antipollution aient été mis en place...

Jolie déclaration, raille M. Dutta. Puisque, en réalité, affirme-t-il, les politiciens indiens sont à genoux devant la croissance économique sauvage de l'Inde et qu'ils «se tapent» des questions écologiques. Le ministère de l'Environnement est, à son avis, «sans réelle influence». S'agissant de prendre position en faveur de la protection de l'environnement, «les partis politiques font le plus souvent preuve d'un opportunisme crasse». Le gouvernement du Bengale avait peur de déplaire à ses électeurs-automobilistes: il n'aurait jamais interdit les véhicules vieux de 15 ans et plus, dit l'activiste, si la justice ne l'y avait forcé.

D'où la pertinence de créer un parti vert, plaide M. Dutta. «Les batailles judiciaires sont essentielles, mais elles ne suffisent pas.» Il a pris son bâton de pèlerin l'automne dernier pour aller rencontrer des représentants de partis écologiques en Grande-Bretagne en Allemagne. Il a tendu la main à certaines des principales figures du mouvement environnementaliste et altermondialiste indien: Medha Patkar, Vandana Shiva, M.C . Mehta... Le congrès de fondation du parti devait avoir lieu ces jours-ci, mais il a été reporté à l'automne. Il espère toujours que le nouveau parti pourra présenter des candidats aux prochaines élections qui auront lieu au Bengale-Occidental, en 2011. «Mais créer un parti est une opération coûteuse, et il faut encore récolter des fonds», dit-il. Là, c'est le comptable qui parle.
2 commentaires
  • Fernand Trudel - Inscrit 9 mars 2010 10 h 00

    C'est le pays de Pachauri

    Je me demande pourquoi on sublime le président du GIEC, Rajendra K Pachauri, alors qu'il est conseiller environnemental du gouvernement indien avec sa compagnie TERI dont il est le pdg. C'est vrai qu,Il est issu du milieu pétrolier cet ingénieur de locomotive devenu millionnaire grâce à l'hystérie propagée par le GIEC et Al Gore.

    Et dire que l'on écoute religieusement cet indien onusien qui s'emplit les poches avec notre crédulité alors que son pays est super pollué. Ce reportage nous fait découvrir que l'Inde de 1,1 milliards d'habitants est plus pollué que le Canada avec 32 millions càde canadiens. Sommes nous trop vert pour eux ???

    La Chine , l'Inde, le Moyen-Orient et le Brésil sont plus polluées que nous et c'est la majorité des habitants de la planète. On a beau être exemplaire et d'envoyer Charest et Line "Gaïa" Beauchamps comme missonnaires verts faut réaliser qu'on est plus vert que vert. Lextrémisme et aussi pire que le laisser faire.

  • Sylvain Auclair - Abonné 9 mars 2010 11 h 35

    Pollution per capita ou total...

    C'est sûr que si on met dans une même ville la population du Canada, qu'on leur fait faire la cuisine sur du charbon et se déplacer avec des vieux moteurs deux-temps, ça va sentir la fumée et les déchets. Mais, tous les êtres humains étant égaux, il est aussi certain que la contribution d'un Indien moyen au réchauffement planétaire est bien moindre que celle d'un Québécois moyen, n'est-ce pas?
    Et, en passant, la pollution locale et la pollution planétaire ne sont pas toujours liées.