Les Islandais se prononcent sur l'impopulaire accord Icesave

Johanna Sigurdardottir, la première ministre de l’Islande.
Photo: Agence France-Presse (photo) HALLDOR KOLBEINS Johanna Sigurdardottir, la première ministre de l’Islande.

Reykjavik — Quelque 225 000 Islandais sont appelés aux urnes aujourd'hui pour se prononcer par référendum sur l'impopulaire accord financier Icesave qui doit être massivement rejeté selon les sondages, menaçant cette île déjà ruinée de s'enfoncer encore plus dans la crise.

Selon la dernière enquête en date, le non recueillerait 74 % des suffrages lors de ce scrutin transformé en vote de protestation des contribuables islandais qui rechignent à payer à n'importe quel prix la facture d'Icesave.

Le texte soumis à la consultation populaire est un accord organisant le remboursement sur plusieurs années par Reykjavik de 3,9 milliards d'euros avancés par Londres et La Haye pour indemniser leurs citoyens lésés par la faillite de la banque en ligne islandaise Icesave, en octobre 2008.

Cette loi a été approuvée à l'arraché par le Parlement islandais, mais, faisant écho à la protestation populaire, le président islandais a refusé de la promulguer. En vertu de la Constitution islandaise, le texte est néanmoins provisoirement entré en vigueur: les Islandais ont donc aujourd'hui le choix entre deux cases à cocher sur un bulletin: «oui, la loi Icesave doit rester en vigueur» et «non, elle n'est pas valide».

Selon les analystes, un non pourrait tout à la fois retarder le versement de prêts restants à verser du FMI et des pays nordiques, affaiblir un gouvernement déjà critiqué pour consacrer trop de temps à Icesave ou même entraver la candidature de l'Islande à l'Union européenne.

Pour toute campagne, le gouvernement s'est contenté d'envoyer aux foyers islandais une note de quelques pages intitulée «oui ou non ?», expliquant les enjeux du litige Icesave.Le document, arrivé en milieu de semaine dans les boîtes aux lettres islandaises, souligne lui-même que la principale incertitude concerne «ce que feront le Royaume-Uni et les Pays-Bas en cas de non», une question qui divise analystes et hommes politiques.

«Nous devons espérer que [l'offre anglo-néerlandaise] qui est sur la table restera sur la table et ne sera pas retirée en cas de non», estime Gudbjartur Hannesson, un député de la majorité membre du comité parlementaire Icesave.

Des coûts au retard de prêt

Selon le ministre de l'Économie Gylfi Magnusson, d'éventuels retards des prêts du FMI pourraient entraîner une récession de 5 % du PIB islandais, un coût «peut-être supérieur à celui de l'accord lui-même».

Pour éviter le référendum, Reykjavik s'est efforcé depuis janvier de trouver un nouvel accord avec Londres et La Haye. Les négociations n'ont été interrompues qu'à la veille du scrutin.

Le paradoxe est que l'Islande s'est vue offrir durant les discussions un accord plus favorable que celui soumis à référendum, poussant Reykjavik à souligner que la loi initiale pourrait être caduque.

La première ministre de gauche, Johanna Sigurdardottir, a dit hier qu'elle n'irait pas voter, parce qu'elle jugeait le texte «obsolète» et le référendum «sans signification».

Après déjà quasiment un an et demi de litige, l'Islande fait face à un risque de pourrissement du dossier, d'autant que Britanniques et Néerlandais se dirigent prochainement vers des élections.

Hier, Mme Sigurdardottir a estimé que le dossier Icesave représentait «une question de vie ou de mort pour l'économie islandaise», appelant Londres et La Haye à reprendre au plus vite les négociations.

Désavoué par les urnes, le gouvernement de gauche devrait sortir affaibli par le non. Mais pour Eirikur Bergmann Einarsson, professeur de sciences politiques à l'Université de Bifrost, il va encore résister quelque temps, même s'il est impopulaire, car «il n'existe pas de réelle alternative politique viable pour le moment».

Mme Sigurdardottir a assuré hier qu'elle ne démissionnerait pas.