La tension persiste à Hébron

Hébron — Hébron a été le théâtre de heurts entre Palestiniens et soldats israéliens hier, pour la cinquième journée consécutive, alors que les voix se multiplient pour dénoncer le projet d'Israël d'inscrire à son patrimoine deux lieux saints de Cisjordanie occupée.

Comme les jours précédents, des dizaines de jeunes Palestiniens ont enflammé des pneus et des poubelles et ont lancé des pierres contre les soldats israéliens qui ont riposté à coups de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes, selon des journalistes de l'AFP. Les incidents n'ont pas fait de blessés.

Lors d'une visite à Hébron, le premier ministre palestinien, Salam Fayyad, a dénoncé l'appropriation par Israël de sites «qui font partie d'un territoire occupé».

«Nous sommes tous des Hébronites», a affirmé M. Fayyad après avoir prié à la mosquée d'Ibrahim (Caveau des patriarches), célèbre lieu saint de Hébron révéré à la fois par les juifs et les musulmans.

Le conflit a éclaté après que le premier ministre d'Israël, Benjamin Nétanyahou, a fait part dimanche de son intention d'ajouter le Caveau des patriarches et le tombeau de Rachel, à Bethléem, à la liste des sites historiques d'Israël dans le cadre d'un programme de restauration.

Futur État

«Le peuple palestinien comprend fort bien que cette décision a un sens politique et qu'elle vise à faire qu'Israël s'approprie des sites qui font partie d'un territoire occupé», a déploré M. Fayyad.

«Ces sites font partie d'un futur État palestinien», a-t-il souligné en réaffirmant «le droit inaliénable du peuple palestinien sur sa terre».

Le premier ministre palestinien, une personnalité modérée, a par ailleurs dit vouloir «refuser d'entrer dans une guerre religieuse et de répondre aux provocations des colons [israéliens] par la violence».

La tension est d'autant plus vive à Hébron que ce week-end marque le 16e anniversaire du massacre de 29 Palestiniens dans une salle de prière du Caveau des patriarches par un colon israélien le 25 février 1994.

La presse israélienne s'est montrée sévère avec «le maître pyromane» Benjamin Nétanyahou, qu'elle accuse d'avoir cédé, une fois de plus, aux pressions de l'extrême droite et du lobby des colons.

Le quotidien de gauche Haaretz et le journal à grand tirage Yediot Aharonot ont assorti leurs critiques de caricatures du visage du premier ministre israélien sur une boîte d'allumettes.

La décision controversée de M. Nétanyahou, qui a promis jeudi de garantir «une liberté complète de culte» à toutes les religions, a été condamnée par la communauté internationale, y compris les États-Unis, alliés d'Israël, les voix de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) et de l'UNESCO s'ajoutant aux critiques.