Rencontre à huis clos sur le multiculturalisme

Paris — C'est derrière des portes closes et à l'abri des journalistes que l'ambassadeur du Canada Marc Lortie a réuni hier quelques-uns des spécialistes du multiculturalisme canadien et de l'interculturalisme québécois. Alors que le débat fait rage au Québec sur la laïcité et l'intégration des immigrants, l'ambassadeur a présidé un échange à huis clos entre quelques intellectuels canadiens issus de la mouvance multiculturelle et une vingtaine de personnalités françaises triées sur le volet, dont des universitaires et des représentants d'organismes parapublics et de think tanks.

Cette rencontre précédait un colloque qui s'ouvre aujourd'hui à la Sorbonne et qui s'intitule Le multiculturalisme a-t-il un avenir? L'événement financé par le gouvernement canadien se donne pour tâche de «réévaluer [...] la viabilité politique de l'idée multiculturaliste» et de faire le point sur des «exemples concrets de politiques publiques multiculturalistes».

Rigoureusement interdite à la presse (malgré les demandes répétées du Devoir), la rencontre tenue à l'ambassade hier visait plus précisément à discuter des questions «qui se posent au modèle multiculturel canadien et au modèle républicain français», nous a déclaré Marc Berthiaume. L'attaché politique nie formellement qu'elle ait été destinée à faire la promotion du multiculturalisme ou de l'interculturalisme auprès des autorités françaises, souvent réticentes à ce type d'approches venues des pays anglo-saxons. Il reconnaît néanmoins que les invités québécois et canadiens étaient tous «plutôt critiques de l'approche républicaine» pratiquée en France.

Parmi les participants, on retrouvait Will Kimlicka, de l'Université Queen's et défenseur d'une «citoyenneté multiculturelle», Denise Helly, de l'INRS Montréal et signataire du Manifeste pour un Québec pluraliste, ainsi que le sociologue français Jean Beaubérot qui a témoigné à la commission Bouchard-Taylor et qui défend en France ses conclusions. Daniel Weinstock, professeur de philosophie à l'Université de Montréal et initiateur du Manifeste pour un Québec pluraliste, avait été retenu à Montréal pour des raisons de santé.

Parmi les personnalités françaises conviées à cet échange se trouvaient Jeannette Bougrab, fille de Harkis et maître des requêtes au Conseil d'État, et Sihem Habchi, présidente de l'organisation féministe Ni putes ni soumises, qui s'adresse aux jeunes maghrébines des banlieues.

Marc Berthiaume justifie le secret qui a entouré ce débat par la nécessité de permettre «la parole la plus libre possible» et de tenir «un débat le plus ouvert et le plus sincère». Le colloque de la Sorbonne se terminera demain.

***

Correspondant du Devoir à Paris
10 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 26 février 2010 07 h 41

    Influence mutuelle France/Québec requise...

    Il faut doser. Qu’est-ce qu’il faut doser… et s'instruire mutuellement, Les deux grandes cultures francophones du monde...

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/06/16/le-chen

    Prudence et patience… Dialogue vif, mais dialogue toujours...
    Paul Laurendeau

  • Diane Guilbault - Abonnée 26 février 2010 09 h 56

    Les dangers du multiculturalisme, selon M. Kimlicka

    M. Kimlicka a -t-il fait part de certaines de ses inquiétudes lors de cette rencontre derrière ces portes closes? En effet, M. Kimlicka a affirmé, dans une entrevue à La Presse parue le 30 juin 2007, que : « le multiculturalisme comporte un risque puisqu'il n'y a pas de garantie que les nouveaux arrivants n'essaieront pas d'utiliser le multiculturalisme d'une manière qui viole les valeurs de la démocratie libérale». Les demandes de tribunaux basés sur la charia s'inscrivent en droite ligne dans cette dérive, qui s'ajoute à d'autres problèmes causés par cette doctrine si peu rassembleuse.

  • Marc Provencher - Inscrit 26 février 2010 10 h 07

    J'ai une toute autre idée...

    Ah, je suis vraiment curieux de savoir ce qu'ils se disent sur le multinatur... oh pardon, le multiculturalisme.

    Le temps que nos spécialistes sortent de leur harassante réunion, j'ai quelques lectures à suggérer à ceux et celles qui les attendent à la sortie. Lévi-Strauss bien sûr ("Race et histoire"), Benedetto Croce ("Formations naturelles et formations historiques"), Vercors ("La Sédition de l'homme", évidemment), Levinas ("Réflexions sur la philosphie de l'hitlérisme", 1934, un de ses rares écrits compréhensibles par le commun des mortels non instruits dans mon genre), et bien sûr l'exemplaire, lumineux et terrifiant chapitre 2 du Tome 2 des Origines du totalitarisme, par Hannah Arendt, intitulé "Race thinking before racism" / La Pensée raciale avant le racisme. On pourra aussi glaner des idées similaires et connexes chez G. A. Borgese (Goliath ou la Marche du fascisme) et Gaetano Salvemini (The Origins of Fascism in Italy). Ces ouvrages datent tous un peu de la même période. Ce n'est pas un hasard.

    Quel rapport avec le multiculturalisme, me demandera-t-on peut-être ? Eh, eh, eh. Le multiculturalisme n'est pas du tout ce qu'il croit être. Pour prendre une image empruntée au rabbin Joseph Caro (La Table mise), il a enferné par mégarde une mouche dans sa malle...

  • Frederick Plamondon - Inscrit 26 février 2010 10 h 48

    le multiculturalisme a ses dangers

    Mais il y a peut-être plusieurs façon de comprendre le multiculturalisme. Je dis ça à tout hasard là.

    Moi je payerais pour être là-bas.

  • Guylaine St-Pierre - Inscrit 26 février 2010 11 h 22

    À huis clos ? Moi je me méfi

    Je n'aime pas ça du tout, encore une autre maneouvre en secret et probablement que l'Union Européenne est en arrière de tout ça.

    Le Canada n'est pas à vendre contre du pétrole, c'est ça que je leur dirais !