Une université américaine restitue une lettre volée de Descartes à la France

Washington — Une lettre du père de la philosophie moderne, René Descartes, volée à Paris au XIXe siècle, va être restituée en juin à l'Institut de France par l'université américaine de Haverford, en Pennsylvanie (est des États-Unis), a annoncé le président de l'établissement hier à l'Agence France-Presse.

Le geste de Haverford — qualifié par son président, Stephen Emerson, de «seule chose sensée à faire» — mettra un terme aux rocambolesques aventures et mésaventures de la missive, adressée par Descartes (1596-1650) à son ami le religieux Marin Mersenne, depuis le château d'Endegeest aux Pays-Bas le 27 mai 1641.

Dans cette lettre, l'auteur du célèbre «je pense, donc je suis» aborde la prochaine publication des Méditations métaphysiques, ouvrage majeur paru à Paris en août 1641.

Après la mort du philosophe, le manuscrit est conservé à l'Institut de France, selon un communiqué de Haverford publié sur son site Internet. Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle qu'il refait parler de lui, par l'entremise du comte italien Gugliemo Libri, qui travaille alors à la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France.

Lors de ses pérégrinations à travers la France, le comte Libri aime «emprunter» des ouvrages originaux... sans jamais les restituer à ses propriétaires. C'est ainsi qu'il dérobe 72 lettres de René Descartes, parmi lesquelles se trouve la fameuse missive écrite en mai 1641.

Se sachant recherché pour ses larcins, Libri s'enfuit à Londres où, pour régler ses factures, il vend les livres et manuscrits volés en France.

Charles Roberts, grand amateur d'autographes et d'ouvrages originaux, acquiert la lettre, sans toutefois savoir qu'elle avait été volée, précise l'Université de Haverford.

À sa mort, sa veuve fait don de la lettre à l'établissement où M. Roberts avait étudié. Passe plus d'un siècle jusqu'à ce qu'au mois de janvier dernier, un universitaire néerlandais apprenne l'existence de la lettre lors de recherches sur Internet.

Intrigué, Erik-Jan Bos contacte Stephen Emerson, qui dirige la petite université de Haverford. Lors d'un entretien accordé à l'AFP, M. Emerson a fait part de sa surprise à l'annonce de la nouvelle, d'autant plus qu'il se décrit comme un «grand admirateur de Descartes».