Assassinat à Dubaï d'un chef du Hamas - Le Mossad est mis en cause

Mahmoud al-Mabhouh était suivi par ses assassins présumés dans une vidéo rendue publique par la police de Dubaï.
Photo: Agence Reuters Mahmoud al-Mabhouh était suivi par ses assassins présumés dans une vidéo rendue publique par la police de Dubaï.
La diffusion par les ÉAU d'images et des noms de dix hommes et une femme porteurs de passeports européens et soupçonnés d'avoir trempé dans le meurtre de Mahmoud al-Mabhouh déclenche à retardement une crise diplomatique entre Israël et Londres, Dublin, Paris et Berlin.

L'affaire empoisonne aussi les relations entre le Hamas et le Fatah de Mahmoud Abbas, le mouvement islamiste assurant que deux Palestiniens extradés de Jordanie et détenus à Dubaï pour complicité dans l'élimination de son responsable militaire appartiennent aux forces de sécurité du président de l'Autorité palestinienne.

D'autres indices

«Nos investigations montrent que le Mossad est impliqué dans le meurtre de Mabhouh. À 99 %, si ce n'est à 100 %, le Mossad est derrière ce meurtre», assure le chef de la police de Dubaï, Dahi Khalfan Tamim, dans un article diffusé sur le site Internet du journal émirati The National.

Après les photos et les enregistrements de caméras de surveillance de l'hôtel déjà diffusés, le général Khalfan a assuré que ces services dévoileraient «dans les prochains jours de nouveaux indices [qui] lèveront tous les doutes».

Il a de plis demandé sur la télévision nationale que Méir Dagan, chef du Mossad, soit arrêté si le service israélien était bien impliqué. Tous les services secrets israéliens sont directement liés au bureau du chef du gouvernement, qui doit donner son aval à leurs «missions spéciales».

Interpol, l'organisation de coopération policière internationale, a annoncé hier avoir émis des «notices rouges», c'est-à-dire des avis de recherche au plus haut seuil d'importance, à l'encontre de 11 personnes. «Il apparaît clairement que ceux qui ont planifié et commis le meurtre de Mahmoud al Mabhoud ont utilisé des passeports faux ou falsifiés l'identité d'innocents citoyens», a déclaré son secrétaire général, Ronald K.Noble.

Les 11 membres du commando semblant avoir utilisé des passeports falsifiés, dont sept au nom de vrais immigrés européens en Israël, la Grande-Bretagne, l'Irlande et la France ont exigé des explications de l'État juif.

Convocations et enquêtes

L'ambassadeur d'Israël à Londres, Ron Prosor, s'est ainsi vu demander par le Foreign Office comment les références des passeports de plusieurs citoyens britanniques vivant en Israël s'étaient retrouvées sur les documents utilisés par les tueurs présumés de Dubaï. Le chef du Foreign Office, David Miliband, a précisé que Londres avait clairement fait savoir au diplomate qu'il prenait «très au sérieux» l'usage frauduleux de passeports britanniques.

Dublin a pareillement déclaré qu'il entendait obtenir des explications sur la façon dont trois des suspects du meurtre de Mabhouh avaient pu utiliser les références des passeports de trois Irlandais, dont l'un n'est même jamais allé en Israël.

À Paris, un porte-parole du Quai d'Orsay a précisé que le passeport français utilisé par un des membres du commando était un faux et que Paris avait demandé «des explications à l'ambassade d'Israël sur les circonstances de l'utilisation» de ce document falsifié.

En Autriche, le ministère de l'Intérieur a annoncé l'ouverture d'une enquête sur l'utilisation par les suspects d'au moins sept téléphones portables munis de cartes autrichiennes prépayées.

Chef du Mossad depuis 2002, l'ancien général Meir Dagan ne voit aucune raison de démissionner, déclarait-on hier dans son entourage, en soulignant que cela reviendrait à reconnaître sa responsabilité dans cette affaire. Âgé de 64 ans, il doit en principe prendre sa retraite à la fin de l'année.

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