Second tour de la présidentielle ukrainienne - Ianoukovitch se proclame vainqueur

Cette Ukrainienne n’a pu se déplacer hier pour aller voter. Qu’importe, elle a accompli son devoir de citoyenne en restant tranquillement chez elle...
Photo: Agence Reuters Konstantin Chernickin Cette Ukrainienne n’a pu se déplacer hier pour aller voter. Qu’importe, elle a accompli son devoir de citoyenne en restant tranquillement chez elle...

Les Ukrainiens ont voté hier au deuxième tour de l'élection présidentielle. Le candidat pro-russe et leader de l'opposition, Viktor Ianoukovitch, est donné vainqueur contre Ioulia Timochenko, la première ministre qui continue à incarner les aspirations de la «révolution orange» après l'élimination au premier tour du président sortant Viktor Iouchtchenko.

Kiev — L'ancien premier ministre Victor Ianoukovitch a revendiqué hier la victoire à l'élection présidentielle en Ukraine, où les résultats partiels lui donnent une large avance contestée par son adversaire Ioulia Timochenko.

Après dépouillement des bulletins dans 80 % des bureaux de vote, Ianoukovitch est crédité de 48,67 % des suffrages, contre 45,66 % à Timochenko, premier ministre sortant et ancienne égérie de la «révolution orange».

Les résultats définitifs étaient attendus dans le courant de la nuit d'hier à aujourd'hui.

Victor Ianoukovitch, 59 ans, avait devancé de dix points Ioulia Timochenko au premier tour le 17 janvier.

Une revanche

Cette victoire, si elle se confirme, serait une revanche pour l'ancien premier ministre élu président en 2004 avant d'être contraint à accepter un «troisième tour» sous la pression des manifestations de rue lors de la «révolution orange».

L'une de ses collaboratrices, Anna German, a parlé d'un «succès absolu». «Cela ne laisse aucune chance à Timochenko. Elle n'obtiendra rien devant les tribunaux.»

Ianoukovitch a revendiqué sa victoire après la publication de sondages de sortie des urnes qui lui donnaient une avance de trois à quatre points. Mais le camp Timochenko s'est refusé à reconnaître sa défaite et a affirmé que son propre comptage des voix plaçait le premier ministre en tête. Des délégués des deux candidats sont présents lors du dépouillement dans les bureaux de vote. Les émissaires de Timochenko font état d'un score de 46,8 % contre 46,0 % en faveur de leur candidate, a dit son directeur de campagne et vice-premier ministre, Alexander Tourtchinov.

Un peu plus tôt, elle avait elle-même affirmé qu'il était «trop tôt pour tirer des conclusions». Son directeur de campagne avait invoqué la marge d'erreur des sondages pour refuser de concéder la défaite.

Accusations

Avant même la clôture des bureaux de vote, l'entourage de Timochenko accusait le camp adverse de fraudes et annonçait son intention de contester les résultats d'un millier de bureaux de vote dans la région industrielle du Donbass, bastion de Ianoukovitch, un ancien mécanicien.

Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) feront part aujourd'hui de leurs conclusions sur le déroulement du scrutin. Volodimir Maïevski, chef du département de sécurité publique au ministère de l'Intérieur, a déclaré que le vote s'était déroulé dans le calme, «sans violations flagrantes de l'ordre public».

Pendant les derniers jours d'une campagne électorale sous tension, Timochenko, 49 ans, avait menacé d'organiser des manifestations semblables à celles de 2004 qui avaient contraint Ianoukovitch, accusé de trucage électoral, à accepter un «troisième tour» qu'il avait perdu au profit du candidat pro-occidental Victor Iouchtchenko.

Un retour à la stabilité, après cinq ans de luttes intestines entre la présidence et le cabinet du premier ministre, contribuerait à rétablir la confiance dans une économie particulièrement touchée par la crise financière. Il permettrait de redémarrer un programme d'aide de 16,4 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI) gelé parce que Kiev a rompu ses promesses de modération budgétaire.

Mais une contestation des résultats électoraux risquerait de retarder cette relance, alors que l'enthousiasme soulevé dans ce pays de 46 millions d'habitants par la «révolution orange» est retombé face à la baisse du niveau de vie, à la corruption et aux querelles politiques.

Moscou

Les candidats affirment tous deux vouloir intégrer l'Europe tout en améliorant les relations avec Moscou, même si Timochenko paraît plus enthousiaste envers l'Union européenne.

Pendant la campagne, Timochenko a traité Ianoukovitch de «lâche» et de «marionnette» des oligarques tandis que lui accusait sa rivale de raconter de «magnifiques mensonges».

Une alliance entre eux à l'issue du scrutin est dEs lors difficile à imaginer. Mais si Ianoukovitch gagne, il risque d'avoir du mal à former une coalition pour évincer Timochenko de son poste de premier ministre.

Il a pourtant invité dès hier sa rivale à démissionner.

«Je pense que Ioulia Timochenko devrait se préparer à démissionner. Elle le comprend très bien», a dit Ianoukovitch, cité par l'agence Interfax-Ukraine. Si Timochenko, le seul recours du chef de l'opposition serait d'organiser des élections législatives anticipées, retardant d'autant un retour à la stabilité.