Guerre en Afghanistan - Les talibans se préparent à la vaste offensive de l'OTAN

Lashkar Gah, Afghanistan — Les talibans se disent prêts à résister «jusqu'à la mort» à l'offensive que les forces américaines et afghanes s'apprêtent à livrer contre eux, la plus vaste depuis le début du conflit, en 2001.

Washington espère que cette action permettra de renverser le cours de la guerre, pour la première fois depuis la décision de la Maison-Blanche de renforcer l'an dernier de 30 000 hommes le contingent américain.

Pour les autorités afghanes aussi, cette opération servira de test de leur capacité à rétablir rapidement l'autorité du régime de Kaboul sur une région qui échappe depuis des années à son contrôle. Le gouvernement du district de Marjah, Hadji Zaïr, qui visite régulièrement la zone mais n'y vit pas en raison de l'emprise des taliban, a confié à Reuters que ses habitants réclamaient l'intervention des troupes internationales.

«Un grand nombre de taliban se trouvent à Marjah. Les habitants sont soumis au contrôle et à la pression des taliban», mais, selon lui, ils sont au courant qu'un assaut se prépare contre leur ville, grâce aux tracts largués, aux émissions de radio et aux réunions avec les chefs tribaux.

La reprise de la zone sera un test du potentiel militaire de l'OTAN mais aussi de la crédibilité et de l'efficacité de l'armée afghane, dont l'Occident accélère la formation pour pouvoir se ménager un retrait ordonné à partir de la mi-2011.

Le général Mohayedin Ghori, chef de la brigade afghane qui participera à cet assaut, prédit un ralliement massif aux autorités des habitants de Marjah, au nombre de 75 000 à 100 000.

Les responsables militaires américains reconnaissent avoir fait délibérément transpirer leurs intentions dans l'espoir que les taliban réaliseront que la bataille n'est pas gagnable et qu'ils l'éluderont.

Mais, selon des habitants de Marjah qui ont fui le futur théâtre d'affrontement, les talibans n'ont nullement l'intention de se dérober et, au contraire, se regroupent pour livrer bataille.

«Les talibans ne vont pas quitter Marjah. Nous les avons vus se préparer. Ils ramènent des effectifs et des armes. Nous savons que cela va être une grosse bataille», confie Abdul Manan, un habitant de Marjah qui a gagné Lashkar Gah.

«Les talibans sont très actifs à Marjah. Ils y posent des mines ainsi que dans les zones environnantes», révèle un autre habitant, Abdul Khaleq, qui a, lui aussi, fui avec sa famille vers la capitale provinciale.

Abdullah Nasrat, un chef militaire taliban du district de Nad Ali, dont Marjah fait partie, a déclaré à Reuters par téléphone que quelque 2000 islamistes armés étaient prêt à se battre jusqu'à la mort.

«Nous sommes bien préparés et nous combattrons jusqu'à la fin. Nous ne disposons pas d'armes sophistiquées, comme les Américains avec leurs chars et leurs avions, mais nous avons la ferveur religieuse. C'est notre puissance pour combattre les infidèles», a-t-il assuré.

«Nous savons que la colère des Américains va s'abattre sur nous. Nous avons quitté Marjah pour épargner nos vies et celles de nos familles», explique Abdul Khalek au sujet de l'épreuve de force qui se prépare.

Le gouverneur provincial, Dawood Ahmad, a déclaré que quelque 600 civils ont déjà fui Marjah et ses environs et il s'attend à un exode de 50 000 personnes, voire plus.

Par ailleurs, les forces de sécurité pakistanaises ont annoncé hier avoir emporté un bastion des taliban locaux à la frontière avec l'Afghanistan, après une douzaine de jours de combats qui auraient fait 60 morts parmi les combattants islamistes. L'armée pakistanaise avait lancé en 2008 une importante offensive dans cette région tribale pachtoune de Bajaur et l'avait décrétée nettoyée après des mois d'affrontements, mais les islamistes, appuyés par des éléments venus d'Afghanistan, y avaient rétabli une présence ces dernières semaines.

À la suite d'un attentat suicide qui a fait 14 morts à la fin du mois dernier à un contrôle de sécurité, les forces pakistanaises ont lancé une nouvelle offensive, épaulées par des avions et des hélicoptères de combat ainsi que par des miliciens loyalistes de la région.