Charest adoucit le ton face à Ottawa

Pendant que les discussions progressaient difficilement à l’intérieur du Bella Center, Greenpeace avait réuni à l’extérieur des militants portant des portraits des leaders du monde.
Photo: Greenpeace Pendant que les discussions progressaient difficilement à l’intérieur du Bella Center, Greenpeace avait réuni à l’extérieur des militants portant des portraits des leaders du monde.

Copenhague — Jean Charest a adouci le ton envers Ottawa en quittant la conférence de Copenhague, même si le gouvernement canadien n'a pas répondu à ses attentes sur la cible nationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Après avoir sévèrement critiqué le gouvernement Harper cette semaine, le premier ministre du Québec s'est montré plus conciliant hier en dressant le bilan de son passage à l'importante conférence sur les changements climatiques.

«La position fédérale a évolué dans la dernière année, il faut le noter pour être équitable», a déclaré M. Charest, citant des décisions qui datent de plusieurs mois.

Le premier ministre, qui sermonnait le gouvernement Harper au point de lui rappeler «la dure réalité canadienne» sur le partage des compétences moins de 48 heures plus tôt, a eu de bons mots pour l'allocution du ministre de l'Environnement, Jim Prentice, devant les délégués de la conférence.

«Sur l'émergence d'une économie qui sera décarbonisée, c'est exactement la vision du Québec», a-t-il indiqué, ajoutant du bout des lèvres qu'«on est moins d'accord» quant à l'alignement du Canada sur la position des États-Unis.

M. Charest a aussi minimisé le fait que le Canada ait maintenu sa cible de réduction des GES de seulement 3 % en 2020 sous les niveaux de 1990.

«Sur les objectifs, nous ne sommes pas d'accord, mais le Canada, c'est plus que le gouvernement fédéral», a-t-il dit, avant de se défendre d'avoir modéré ses propos.

«Non, notre discours n'a pas changé, même pas sur le ton. Nous demeurons constants sur le partage des compétences et sur le fait que le gouvernement fédéral n'en fait pas assez», a-t-il argué dans un soudain regain de combativité.

Dans l'entourage du ministre Prentice, on affirmait cette semaine que le premier ministre du Québec avait été trop loin, notamment en évoquant la possible contestation de l'engagement canadien au traité de Copenhague, en raison de l'absence du consentement des provinces.

Le premier ministre de l'Alberta, Ed Stelmach, a pour sa part réagi vivement aux propos de M. Charest, qui craignait qu'Ottawa accorde aux secteurs pétrolier et gazier plus de souplesse dans leurs obligations environnementales.

Dans une lettre ouverte,

M. Stelmach a soutenu que l'économie de l'Alberta permet de générer des revenus qui reviennent en partie au Québec sous forme de péréquation.

«Nous n'avons pas critiqué l'Alberta ici. Nous ne sommes pas venus ici pour diviser les Canadiens entre eux, au contraire», a dit M. Charest hier, donnant l'impression de chercher à recoller les pots cassés.

Sur le fond, il a toutefois contesté l'analyse de M. Stelmach. «Faire un lien entre les deux, c'est une erreur. La péréquation, c'est un programme fédéral, et ce sont des impôts prélevés dans chacune de nos provinces», a-t-il dit.

Réactions

Le député péquiste Scott McKay juge que le premier ministre Charest a fait beaucoup de bruit pour rien à Copenhague en critiquant la position du gouvernement Harper devant les médias canadiens, mais en évitant de le faire devant des délégués internationaux.

«De toute façon, s'il est à Copenhague, c'est essentiellement parce qu'il ne veut pas être au Québec», a lancé le député, rappelant que M. Charest faisait l'objet d'intenses pressions pour déclencher une enquête publique sur l'industrie de la construction au moment de son départ.

«C'est une occasion en or pour lui de s'accrocher désespérément à un dossier qui est populaire», a-t-il ajouté.

Le député bloquiste Bernard Bigras s'est montré moins sévère dans son évaluation, disant croire à la sincérité des convictions environnementales de Jean Charest.

«Ses revendications vont dans le sens de ce que souhaite une majorité de Québécois. Par contre, il se rend compte des limites du fédéralisme asymétrique du gouvernement Harper», a-t-il signalé, déplorant le fait qu'il n'ait pas réussi à influencer la position canadienne.

Pour sa part, le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbeault, ne croit pas que le passage de M. Charest ait été vain, même s'il n'a pu faire fléchir Ottawa.

«Je ne crois pas que l'on puisse dire que c'est un coup d'épée dans l'eau. Il y a eu une évolution de l'opinion, une prise de conscience», a-t-il analysé.

À voir en vidéo