Francophonie - La Suisse accueillera le sommet de 2010 malgré la controverse sur les minarets

Paris — Le Canada et le Québec ont passé hier le flambeau à la Suisse, où se tiendra le prochain sommet de la Francophonie. Après Québec, l'an dernier, c'est à Montreux que se réuniront en octobre prochain les représentants des 56 pays membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Malgré les rumeurs persistantes, le secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf, a tenu à préciser qu'aucun représentant à cette 25e conférence ministérielle de la Francophonie n'avait évoqué le vote récent et controversé sur les minarets pour écarter la candidature de la Suisse. «À aucun moment, je dis bien à aucun moment, cette question n'a été soulevée.»

Selon une source diplomatique, deux pays au moins auraient pourtant été réticents à soutenir la candidature suisse. Le quotidien Le Temps, publié à Genève, avait évoqué l'opposition du ministre des Affaires étrangères d'Égypte, Ahmed Aboul Gheit, qui a qualifié le référendum suisse de «grave erreur». Le secrétaire d'État français responsable de la Francophonie, Alain Joyandet, a d'ailleurs confirmé au quotidien que l'affaire des minarets avait «suscité un certain émoi», mais que «les membres ont reconnu que l'OIF est une organisation laïque».

Au sein de l'OIF, qui compte sept pays officiellement musulmans, les décisions se prennent par consensus. Il est donc rare que des représentants expriment ouvertement leur dissidence. De plus, peu de pays étaient en mesure d'organiser le sommet à dix mois d'avis puisque la Suisse remplace à pied levé Madagascar, suspendue de l'OIF depuis le coup d'État militaire contre le président Marc Ravalomanana. Le représentant suisse a rappelé que, si une majorité d'électeurs avaient voté pour l'interdiction des minarets, cette décision n'avait pas été soutenue par le gouvernement et qu'elle pourrait être révisée par la Cour européenne des droits de l'homme.

Un troisième mandat pour Abdou Diouf

Abdou Diouf a profité de cette conférence pour annoncer qu'il se représenterait au secrétariat général de l'OIF. «Si les chefs d'État et de gouvernement le désirent, dit-il, je suis disponible.» L'ancien président du Sénégal avait été élu une première fois en 2002 et reconduit dans ses fonctions en 2006. Le 7 octobre dernier, le premier ministre du Québec, Jean Charest, avait été le premier chef de gouvernement à soutenir officiellement sa réélection.

Après le sommet de Québec, qui a rappelé aux pays francophones leurs devoirs à l'égard du français, les ministres réunis depuis deux jours à Paris ont parlé de la promotion du français dans les tribunes internationales. Quelques pays comme le Liban et la Moldavie songeraient à signer des «pactes linguistiques» par lesquels ils s'engageraient à renforcer l'usage du français. «Il y a un pas très important en avant qui a été franchi», affirme le ministre des Relations internationales du Québec, Pierre Arcand. Il dit sentir «une volonté plus manifeste», en particulier du côté de la France. Chose rare, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, serait intervenu sur ce sujet.

Le secrétaire général a critiqué les pays qui célèbrent la langue française et qui parlent anglais dans les organisations internationales. «La langue française est dans une situation ambiguë, dit Abdou Diouf. Nos observations montrent que cette langue progresse. [...] Paradoxalement, nous assistons à l'effacement du français dans les organisations internationales. Nous avons donc là un problème de volonté politique.» Le sommet de 2010 examinera le premier rapport de l'Observatoire de la langue française créé à Québec en 2008.

Selon les premiers commentaires du représentant de la Suisse, le prochain sommet pourrait s'intéresser tout particulièrement à l'action de la Francophonie «au service de la paix, de la démocratie et de l'État de droit». 2010 marquera d'ailleurs le 10e anniversaire de la déclaration de Bamako, par laquelle la Francophonie s'engageait à sévir contre les pays membres qui enfreignaient les règles de la démocratie. La conférence a d'ailleurs maintenu hier la suspension de Madagascar et suspendu complètement la Guinée.

Le secrétaire de l'OIF a aussi annoncé que les prochains Jeux de la Francophonie se tiendront à Nice en 2013.

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Correspondant du Devoir à Paris

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