Irak - Les exhumations débutent dans un immense charnier

Bagdad - Des centaines d'Irakiens ont assisté hier dans la province de Babylone à l'exhumation de centaines de corps d'un charnier, le plus important découvert à ce jour dans le pays, alors que l'administrateur civil en chef américain en Irak, Paul Bremer, tente de remettre de l'ordre dans un pays livré à l'anarchie.

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a déclaré devant le Congrès que «les forces utiliseront la fermeté pour stopper ceux qui tentent de perturber la vie à Bagdad et qui seront soit capturés, soit abattus». Le New York Times avait rapporté plus tôt que les forces américano-britanniques recevraient bientôt l'ordre de tirer sur les pilleurs dans le cadre de la stratégie sécuritaire de l'administrateur civil.

Le général Peter Pace, chef adjoint de l'état-major interarmées américain, a annoncé que 20 000 hommes de la première division armée américaine arrivaient en Irak, s'ajoutant aux 142 000 militaires américains présents, dont 49 000 à Bagdad. Débarrassée depuis plus d'un mois du régime de Saddam Hussein, la capitale irakienne souffre d'une vacance de pouvoir et ses rues sont livrées à des bandes armées qui sèment la terreur parmi la population.

Des ONG, dont Amnesty International et CARE, ont aussi estimé que la distribution de l'aide humanitaire reste entravée par l'insécurité.

Une épidémie de choléra sévit actuellement dans la région de Bassora, dans le sud de l'Irak, a annoncé de son côté l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La quête tragique de familles irakiennes sur le site d'un charnier a commencé hier. «On nous a dit que 2600 corps ont déjà été exhumés, mais il pourrait y en avoir 10 000», a déclaré un capitaine des Marines, David Romley, sur le site de Mahawil, à 90 kilomètres au sud de Bagdad. «La plupart des morts sont des civils, des hommes, des femmes et des enfants, mais il y a aussi des militaires», a pour sa part expliqué le lieutenant-colonel David Rababy. «Autant que nous sachions, c'est la plus grande fosse commune découverte en Irak.»

Des habitants qui ont commencé ce macabre travail depuis plusieurs jours ont placé les restes humains dans des sacs en plastique, bouleversant profondément le site et faisant ainsi disparaître des preuves qui auraient été utiles.

Par ailleurs, les Nations unies ont annoncé que neuf enfants avaient été tués lundi par l'explosion d'une charge qu'ils manipulaient dans la province de Missan (sud).

À New York, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni pour discuter du projet de résolution américain demandant la levée des sanctions contre l'Irak. Washington souhaite que cette résolution soit adoptée le 3 juin au plus tard afin de prendre le relais du programme «Pétrole contre nourriture», mais cette date ne pourra peut-être pas être respectée, Paris,

Berlin et Moscou ayant soulevé

des questions techniques et juridiques, notamment quant au rôle dévolu à l'ONU.

Les États-Unis ont indiqué dans ce cadre qu'ils n'avaient pas l'intention de faire annuler la dette irakienne — 400 milliards de dollars — mais qu'ils souhaitaient un délai de grâce pour son recouvrement.