Bande de Gaza - «Le bilan de Mahmoud Abbas est totalement catastrophique»

Mahmoud Abbas a annoncé jeudi à son entourage politique qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession lors des élections générales du 24 janvier.
Photo: Agence Reuters MARCO LONGARI Mahmoud Abbas a annoncé jeudi à son entourage politique qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession lors des élections générales du 24 janvier.

Aujourd'hui, les observateurs se demandent ce qu'il adviendra des élections annoncées récemment par Mahmoud Abbas. Ainsi, Jean-François Legrain, chercheur au CNRS et auteur de l'ouvrage Les Palestines du quotidien. Les élections de l'autonomie, janvier 1996 (Beyrouth, Cermoc, 1999), doute fort de la tenue du scrutin. Nous l'avons rencontré.

Ce n'est pas la première fois que Mahmoud Abbas menace de jeter l'éponge. Quel est le sens aujourd'hui de cette déclaration?

Soit Mahmoud Abbas a bel et bien décidé de se retirer, soit il s'agit d'un coup de poker politique. Faute d'un accord préalable avec le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, les élections ont très peu de chances de se tenir en janvier 2010. Son annonce peut avoir valeur d'avertissement à l'attention des États-Unis après la défaite enregistrée par l'Autorité palestinienne sur la question du gel de la colonisation. Mais si Mahmoud Abbas espère reprendre la main, il aura fort à faire pour retrouver un semblant de légitimité. Accusé d'avoir retardé un vote onusien sur le rapport Goldstone à propos de la guerre de Gaza, son image a considérablement souffert de l'enlisement des négociations avec Israël, de la corruption endémique de son mouvement [le Fatah] et des dissensions persistantes entre les factions palestiennes.

Qui pourrait lui succéder à la tête de l'Autorité palestinienne?

Comme je vous le disais, la tenue d'un scrutin en janvier prochain reste très hypothétique. Si ces élections n'ont pas lieu, je pense qu'un comité de salut public de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) sera mis en place pour prendre en charge les affaires de la Cisjordanie. Le mieux placé pour diriger un tel organe serait Mohammed Dahlan. Proche de Mahmoud Abbas, il a le soutien des Américains. Mais Jibril Rajoub a également ses chances. Moins haï que Dahlan [ancien homme fort du Fatah à Gaza], il a conservé des liens avec la bande de Gaza à l'époque où il était le président de l'Association palestinienne de football et son frère est député du Hamas. Enfin, bien sûr, on peut compter sur Marwan Barghouti, qui purge une peine de prison en Israël. Même si je pense que sa popularité est surévaluée et que cette image de sauveur de la nation est très artificielle, c'est un concurrent sérieux.

Quel bilan dressez-vous de ces cinq années de présidence?

Un bilan totalement catastrophique. Je ne vois aucun point positif à souligner. Gaza et la Cisjordanie sont séparées politiquement et humanitairement. Les négociations avec Israël sont au point mort. L'Autorité palestinienne a régressé au point de se retrouver dans l'état de l'OLP avant la guerre de 1967. Affaiblie, elle est redevenue une caisse de résonance des intérêts divergents des États arabes et des puissances occidentales. Tout le travail mené dans les années 1960 et 1970 pour que l'OLP soit le représentant unique et légitime du peuple palestinien a sombré. Aujourd'hui, c'est une coquille vide qui s'aligne sur la politique du Fatah.

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