Proche-Orient - La feuille de route suscite le scepticisme

Jérusalem - Un kamikaze qui frappe dans une discothèque de Tel-Aviv, puis des chars israéliens qui déferlent dans la bande de Gaza. Autant d'images devenues familières qui ne font que renforcer le scepticisme israélien et palestinien en ce qui a trait au nouveau plan de paix promu par Washington. «Road Map Or Roadkill?» («Feuille de route ou accident de la route?»), interrogeait en une le quotidien Jerusalem Post après la présentation le 30 avril de la fameuse «feuille de route» censée jalonner la voie du Proche-Orient vers la paix et concoctée par les États-Unis et ses partenaires du «quartette» (Russie, Union européenne, ONU).

La principale source d'inquiétude, tant du côté palestinien que du côté israélien, réside dans le niveau d'implication des États-Unis dans ce nouveau processus. Et ce, même si le secrétaire d'État américain Colin Powell doit effectuer une tournée très attendue dans la région.

Powell doit arriver aujourd'hui même à Jérusalem pour des entretiens avec le premier ministre israélien Ariel Sharon et avec son nouvel homologue palestinien Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen. Il s'agira de sa première intervention directe depuis plus d'un an dans le conflit israélo-palestinien.

Washington en cause

Pour Washington, le renversement du président irakien Saddam Hussein et la mise à l'écart du président palestinien Yasser Arafat par l'arrivée aux affaires d'Abou Mazen représentent une véritable chance de faire avancer ce dossier.

Mais un peu plus d'une semaine après la présentation de la feuille de route, les divergences entre Palestiniens et Israéliens quant à sa mise en oeuvre apparaissent déjà.

En cause, selon le politologue Mark Heller, la rédaction de ce plan. «La feuille de route est pétrie de bonnes intentions. Mais comme elle manque de précision, chaque camp en tire sa propre interprétation, ce qui ne présage rien de bon en matière de progrès durables.»

Beaucoup de Palestiniens doutent de l'impartialité de l'administration Bush dans son rôle de médiateur, notamment dans un contexte préélectoral. À l'approche du scrutin présidentiel de 2004, George W. Bush devra en effet ménager la communauté juive des États-Unis, qui suit attentivement les évolutions du Proche-Orient. Selon des responsables américains, Sharon ne pense pas que Bush aura la volonté de tenir tête, dans ce contexte, au gouvernement israélien.

Et de hauts responsables palestiniens se sont d'ores et déjà élevés contre les hésitations de Washington face aux critiques israéliennes de la feuille de route, qui défend un principe de réciprocité et d'efforts mutuels en vue de la création d'un État palestinien à l'horizon 2005. «Si les Américains jouent le jeu de Sharon, la feuille de route ira en enfer, a prévenu Yasser Abbed Rabbo. Elle connaîtra le même sort que les autres accords.»

Le gouvernement israélien, dont l'aile droite est opposée à l'idée d'une souveraineté palestinienne, est contre ce principe de réciprocité, d'avancées progressives de chaque camp, et refuse tout calendrier pour la création d'un État palestinien. Il continue de demander à ce que les autorités palestiniennes désarment et emprisonnent les activistes et subordonne toujours le retrait de ses forces des territoires palestiniens ou le démantèlement de ses colonies à l'existence d'une longue période sans violences.