Abbas conserve son poste - Coup de jeune sur le Fatah

Les congressistes du Fatah étaient sous bonne garde à Bethléem.
Photo: Agence Reuters Les congressistes du Fatah étaient sous bonne garde à Bethléem.

Bethléem — Des nouvelles têtes, du sang neuf, mais pas de «grand soir» pour le Fatah. Au terme d'un congrès houleux, la génération des fondateurs, compagnons de Yasser Arafat, passe la main à une génération de dirigeants biberonnée au sein de l'Autorité palestinienne et proche du pouvoir.

Le négociateur Saëb Erakat, le ministre Hussein al-Sheikh, les anciens chefs des services de sécurité, Jibril Rajoub et Mohamed Dahlan, ont ainsi fait leur entrée au Comité central du Fatah. Au total, ce qu'on appelle la «jeune garde» a remporté 14 des 18 sièges en jeu dans la principale instance dirigeante du parti. Exception notable: Marwan Barghouti, l'un des rares à n'avoir jamais exercé de fonctions officielles dans l'Autorité palestinienne, accède à la direction collective du Fatah depuis la prison israélienne où il purge cinq peines de prison à vie, pour avoir commandité plusieurs attentats durant la seconde Intifada. Une accusation qu'il a toujours niée.

Le vote du Congrès illustre bien les récriminations de la base du Fatah à l'égard de la direction sortante. Lorsqu'ils ont demandé les bilans financiers du parti pour les 20 dernières années, les délégués se sont entendus répondre que le discours d'inauguration de Mahmoud Abbas évoquant les «erreurs du passé» devait leur suffire. Conscient de sa popularité très relative, le président palestinien s'est fait réélire samedi à la tête du parti par un vote à main levée, sans passer par les urnes. Une sérieuse entorse aux promesses de renouvellement démocratique.

«C'est une survivance du système Arafat, mais c'est sans doute la dernière fois que c'est possible, juge Diana Buttu, ancienne conseillère de Mahmoud Abbas. Le vote montre que le Fatah est désormais ouvert à plusieurs alternatives. Les dirigeants devront batailler pour obtenir la nomination du parti. Personne ne pourra plus prétendre être un successeur "naturel". Ce temps-là est révolu.»

Le congrès, le premier depuis 20 ans, a dû être étendu de cinq jours tant la bataille, notamment autour du vote des délégués de Gaza, a été âpre. Seul écueil pour Mahmoud Abbas, son lieutenant Ahmed Qoreï, un homme clé dans l'appareil du Fatah, perd son poste, victime de sa réputation d'intrigant. L'éviction de celui qui est aussi le chef des négociateurs palestiniens aura sans doute des conséquences sur la reprise du processus de paix avec Israël. «Nous ne voulons plus de négociations qui ne mènent à rien. Nous n'autoriserons pas la reprise des pourparlers si une date limite n'est pas fixée», s'est empressé de déclarer Mohamed Dahlan, préfigurant un durcissement de la direction du Fatah vis-à-vis d'Israël.

La nouvelle charte adoptée pendant le congrès réaffirme «le droit des Palestiniens à la résistance sous toutes ses formes contre l'occupation», que ce soit par «les manifestations et les boycotts» ou par «la lutte armée». Usé, affaibli, décrédibilisé, le Fatah espère retrouver un peu de popularité au terme de ce congrès. «C'est un parti qui ne fonctionnait plus. Sur les 21 membres du dernier comité central élu en 1989 à Alger, seuls 13 étaient encore vivants, malades pour la plupart», rappelle Sofiane Abou Zaïda, l'un des barons du Fatah. «Nous avons remis de l'ordre dans la maison», ajoute Nabil Shaath, réélu au Comité central, évoquant les élections à venir, l'année prochaine.

Cela suffira-t-il à convaincre les Palestiniens que le Fatah a vraiment changé? Pendant toute la durée du congrès, les importantes forces de police de l'Autorité palestinienne déployées à Bethléem affichaient sans complexe des drapeaux du Fatah sur leurs véhicules. Une confusion pour le moins problématique entre un mouvement politique et l'Autorité palestinienne, témoin que les travers de parti unique régulièrement reprochés au Fatah ont encore la vie dure.