Un Fatah affaibli tient à Bethléem son premier congrès en 20 ans

Mahmoud Abbas
Photo: Agence Reuters Mahmoud Abbas

Le Fatah est en perte de vitesse. Il a perdu les élections législatives palestiniennes de 2006 avant d'être chassé de la bande de Gaza par la force. La formation longtemps dirigée par Yasser Arafat n'en est qu'à son sixième congrès depuis sa création dans les années 1950.

Bethléem — Le président palestinien Mahmoud Abbas a reconnu hier que son parti, le Fatah, réuni en Congrès pour la première fois en vingt ans, avait commis des «erreurs» s'étant soldées par sa déroute face au Hamas, et l'a exhorté à «en tirer la leçon» pour se relancer.

«En raison du blocage du processus de paix, mais aussi à cause de nos erreurs, certains de nos comportements rejetés par le public, notre faible performance, notre éloignement avec le pouls de la rue et notre manque de discipline, nous avons perdu les élections législatives (en 2006) et ensuite, nous avons perdu Gaza», a déclaré M. Abbas devant les délégués du parti à Bethléem, en Cisjordanie.

Le Fatah, qui exerçait jusqu'alors un contrôle sans partage sur l'Autorité palestinienne, avait été battu aux élections par le Hamas, avant d'être violemment délogé par le mouvement islamiste 18 mois plus tard par la force de la bande de Gaza.

«Ce Congrès doit constituer une plateforme pour un nouveau départ, consolidant notre lutte pour atteindre nos principaux objectifs: la libération et l'indépendance, a affirmé M. Abbas, qui dirige le Fatah depuis le décès de son dirigeant historique Yasser Arafat en 2004. Nous devons tirer la leçon de nos erreurs et chercher en permanence à nous remettre en question et à rectifier notre façon d'agir.»

Il s'agit du premier congrès général du mouvement depuis 1989 et seulement du sixième depuis sa création à la fin des années 1950.

Dans le projet du programme politique soumis au Congrès, le Fatah souligne la volonté des Palestiniens de «reprendre l'initiative afin de sortir les négociations de paix de l'impasse» tout en réitérant le «droit du peuple palestinien à la résistance contre l'occupation conformément à la loi internationale, y compris la lutte armée».

«Tout en réitérant notre attachement à l'option de la paix et les négociations, nous nous réservons le droit de recourir à la résistance légitime, garantie par le droit international», a dit M. Abbas dans son discours de plus de deux heures, louant plus particulièrement «la résistance populaire» pacifique.

M. Abbas s'en est en outre pris au premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, l'accusant d'anéantir les chances d'une reprise des négociations de paix en refusant le gel de la colonisation et en excluant une restitution aux Palestiniens de la partie arabe de Jérusalem ou de la Vallée du Jourdain.

Il a aussi accusé le gouvernement israélien de se livrer à une campagne de «purification ethnique» à Jérusalem-est, en détruisant des maisons arabes et en installant des colons dans des quartiers palestiniens.

Le ministre israélien de l'Information Youli Edelstein a qualifié le Congrès de «déclaration de guerre» contre Israël, dans des propos rapportés par le site d'information YNet. «Ils disent explicitement qu'ils soutiennent la poursuite de la lutte armée», a-t-il dit.

M. Abbas a en outre violemment critiqué les «putschistes» du Hamas, dénonçant notamment la «répression» qu'ils exercent à l'encontre du Fatah à Gaza et les accusant d'entraver le dialogue avec son parti en vue d'une réconciliation. Le Hamas a empêché quelque 400 autres délégués du Fatah de Gaza de se rendre à Bethléem pour y participer. «C'est un discours rempli de fanfaronnades et d'affabulations contre le Hamas», a réagi le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri.

Au cours de ce Congrès de trois jours, quelque 1900 délégués doivent renouveler le Comité central (21 membres) et le Conseil révolutionnaire (120 membres), principales instances du Fatah, et adopter un nouveau programme politique.