10 000 Ouïghours disparus en une nuit

Une jeune Ouïgour de la ville d’Urumqi, largement touchée par les violences ethniques au cours des dernières semaines.
Photo: Agence France-Presse (photo) Une jeune Ouïgour de la ville d’Urumqi, largement touchée par les violences ethniques au cours des dernières semaines.

Rebiya Kadeer, la chef du Congrès mondial ouïghour et «mère des Ouïghours» en exil, a accusé la Chine hier de cacher la disparition de «10 000 Ouïghours» pendant les émeutes de la capitale de la province du Xinjiang, en Chine, à Urumqi. Elle se dit également déçue de l'inaction du gouvernement américain, pays qui l'accueille depuis sa libération d'une prison chinoise, en 2005.

«Dans la nuit [les Chinois] ont éteint les lumières et ils ont pénétré dans les quartiers ouïghours et tué 10 000 Ouïghours. La Chine montre 187 morts et 1500 blessés, alors que derrière cela le nombre de Ouïghours qui sont morts dépasse largement ces chiffres officiels», a déclaré «la dalaï-lama» des Ouïghours dans une entrevue traduite en simultané à France 24, le 28 juillet, affirmation réitérée hier lors d'une visite au Japon.

Le 5 juillet, de violents affrontements avaient éclaté entre les Ouïghours turcophones et musulmans et les Hans, l'ethnie dominante en Chine, dans la ville d'Urumqi.

Rebiya Kadeer se fait la voix de son peuple partout où elle va, dont le Japon, hier. Les autorités chinoises ont réagi en convoquant hier l'ambassadeur du Japon à Pékin pour lui faire part de leur «fort mécontentement» au sujet de cette visite. «[Le vice-ministre des Affaires étrangères, Wu Dawei,] a demandé que le gouvernement japonais prenne immédiatement des mesures pour empêcher que Rebiya [Kadeer] ne mène des actions séparatistes au Japon», a indiqué le ministère dans un communiqué.

La Chine proteste systématiquement contre la présence de Rebiya Kadeer dans tous les pays qu'elle visite, comme elle le fait avec le dalaï-lama.

Pékin accuse le Congrès mondial ouïghour dirigé par Mme Kadeer d'avoir fomenté les émeutes, traitant la dissidente de «criminelle». Une accusation qu'elle a réfutée catégoriquement, au cours de la même entrevue télévisée. «Je n'ai aucun rapport avec la cause de ces violences, et c'est totalement la faute du gouvernement chinois et de sa politique depuis 60 ans.»

«Les Ouïghours, ils n'ont pas le droit de parler leur propre langue, ils n'ont pas accès à l'éducation dans leur propre langue et ils n'ont pas de droits pour le développement culturel et économique, ajoute-t-elle. Par contre, ils ont le droit d'obéir et de mourir», a-t-elle dénoncé. «Je réclame seulement la liberté d'être soi-même, celle de décider de leur propre avenir.»

L'inaction américaine dénoncée

À Tokyo, Rebiya Kadeer s'est par ailleurs déclarée «perplexe et déçue» par l'attitude du gouvernement américain. «Je suis déçue du gouvernement américain, parce qu'il n'était pas sérieux sur cette question. Surtout, je sais qu'il y a une pression énorme de la Chine sur le gouvernement américain, mais j'ai espoir», a-t-elle dit à France 24.

Elle demande au gouvernement de Barack Obama d'aider les Ouïghours à s'asseoir avec Pékin pour négocier. Elle estime qu'il doit également «faire pression sur la Chine pour qu'elle relâche les manifestants innocents arrêtés pendant ces quelques jours». Troisièmement, elle demande aux États-Unis et à la communauté internationale «de forcer l'ONU à envoyer une équipe indépendante d'investigation sur place pour trouver le nombre exact des victimes».

La Chine a réagi en félicitant Washington pour sa modération devant les violences dans le Nord-Ouest chinois. Américains et Chinois bouclaient mardi soir à Washington deux journées d'un «dialogue stratégique et économique». Au terme de ces discussions, la délégation chinoise a «exprimé son appréciation pour l'attitude modérée des États-Unis.» «Les États-Unis ont déclaré sans équivoque que cet incident est entièrement une affaire intérieure chinoise», a déclaré le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Guangya.

L'ancien président George W. Bush, qui avait rencontré Mme Kadeer, avait salué «son talent» et formulé des accusations envers Pékin, qui y avait vu une «ingérence flagrante dans les affaires intérieures de la Chine.»

Amnistie International craint que la prudence des États-Unis, visant à préserver de bonnes relations économiques avec la Chine, ait pour conséquence de sacrifier les droits humains.

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Avec l'Agence France Presse et l'Associated Press