Au lendemain de la visite du chef de la CIA - Nouveau carnage en Israël

Jérusalem — Il était un peu plus de 7h, hier matin, quand un kamikaze palestinien a fracassé sa voiture bourrée d'explosifs contre un bus israélien bondé qui traversait le carrefour de Megiddo, près de Haïfa, au nord d'Israël. L'explosion a été si forte qu'elle a projeté le bus en l'air et réduit la voiture piégée à l'état de cendres.

Le bus continuait à brûler une heure après le drame et les secouristes, en milieu de journée, peinaient encore à faire le décompte exact des victimes. Hier soir, le bilan de ce nouveau carnage était d'au moins 17 morts (kamikaze compris), dont 13 soldats qui se rendaient à leurs bases, et d'une cinquantaine de blessés, dont dix dans un état grave. Le chauffeur du bus, qui était déjà sorti indemne de trois attentats, s'en est miraculeusement sorti avec des égratignures.


Revendiqué par les extrémistes palestiniens du Jihad islamique, cet attentat a été perpétré à un moment clé, qui ne doit sans doute rien au hasard, au lendemain d'une visite dans la région du chef de la CIA George Tenet — précisément destinée à mettre fin à ces attaques suicide grâce à une réforme des services de sécurité palestiniens — et à la veille du départ du premier ministre israélien pour Washington, où celui-ci doit faire le point du conflit en cours avec George Bush. C'est peut-être cette agitation diplomatique qui a d'abord poussé Ariel Sharon à préconiser une certaine retenue dans la riposte lors de la réunion d'urgence qui a suivi l'attentat, avant de faire savoir quelques heures plus tard que les représailles commenceraient avant la fin de la journée.


À Ramallah, la direction palestinienne a dit avoir ordonné l'arrestation des membres du groupe radical Jihad islamique qui ont planifié l'attentat. Yasser Arafat a rencontré des responsables de sécurité pour discuter de leur réponse à l'attentat. Un responsable palestinien, qui a requis l'anonymat, a indiqué que les services de sécurité avaient décidé d'arrêter les activistes qui ont planifié l'attentat. Toutefois, selon la même source, les responsables palestiniens se sont plaints que les membres des services de sécurité ne soient pas en mesure d'arrêter ces activistes alors qu'Israël mène des incursions quotidiennes dans la plupart des villes de la Cisjordanie.


La communauté internationale a condamné si vigoureusement cette nouvelle attaque et semble si lasse des promesses sans suites de Yasser Arafat (qui a une nouvelle fois condamné l'attentat) qu'Ariel Sharon semble bien avoir les mains libres pour choisir la riposte de son choix. Ira-t-il jusqu'à chasser Arafat des territoires palestiniens, comme beaucoup le préconisent en Israël? Si les États-Unis lâchent le leader palestinien, c'est possible.


Hier, George Bush a clairement fait savoir à quel point le crédit dont Arafat bénéficiait encore à Washington était en train de fondre. «Aux yeux du président, Yasser Arafat n'a jamais joué le rôle d'une personne digne de foi ou efficace», a déclaré le porte-parole présidentiel. «Si vous ne réagissez pas contre le terrorisme, les États-Unis ne chercheront plus à freiner Israël», aurait dit le patron de la CIA à Arafat mardi. Selon certains responsables israéliens, Sharon s'apprêterait à expliquer à Bush qu'il compte sur son accord tacite pour mettre Arafat hors jeu.


La sophistication croissante dont font preuve les terroristes inquiète à tel point les autorités qu'elles ont simulé mardi près de Tel-Aviv une attaque du type «11 septembre» avec crash d'avion dans une tour préalablement minée par une voiture piégée. L'angoisse s'est encore accrue hier quand certains ont commencé à analyser la signification du mot Megiddo, nom du carrefour macabre. Sous la plume des traducteurs de la Grèce antique, estiment les exégètes, Har Megiddo, le nom hébreu d'une colline poussiéreuse, est devenu «Armageddon», qui signifie «apocalypse» en anglais. C'est à cet endroit que, selon le livre de l'Apocalypse du Nouveau Testament, devrait avoir lieu la bataille finale entre le Bien et le Mal annonçant la fin du monde. En attendant, appuyée par des chars et des hélicoptères, l'armée israélienne est entrée hier dans la ville palestinienne de Jénine, d'où le kamikaze était vraisemblablement originaire.


Megiddo se trouve à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de la ville autonome palestinienne de Jénine, dont le camp de réfugiés du même nom, situé à proximité, est un bastion du Jihad islamique. Plus de 30 chars sont entrés dans la ville par le nord, l'ouest et l'est, ouvrant le feu à la mitrailleuse lourde, alors que des hélicoptères Apache tiraient à la mitrailleuse, selon des témoins. L'armée a confirmé cette opération, précisant que «des hélicoptères tiraient sur des terrains découverts» afin d'empêcher d'éventuels activistes recherchés de fuir la ville. Elle a aussi procédé à des arrestations, selon la télévision publique.


L'attentat de Megiddo est survenu le jour du 35e anniversaire du déclenchement de la guerre israélo-arabe des Six Jours, en juin 1967, qui avait abouti à l'occupation par Israël de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est.


Avec l'Agence France-Presse