Le chef d'un grand parti sunnite est assassiné en Irak

Bagdad — Le chef du Front de la concorde, principal groupe parlementaire sunnite irakien, a été assassiné hier par un homme armé d'un pistolet et d'une grenade, un crime de nature à porter un coup aux efforts de réconciliation entre les communautés religieuses.

Ce meurtre coïncide avec des tractations entre partis avant les élections législatives prévues en janvier, un scrutin considéré comme une étape cruciale vers un Irak où sunnites, chiites et Kurdes pourraient vivre en paix, après le bain de sang consécutif à l'invasion américaine de 2003.

Haris al-Oubaïdi, un modéré qui était également membre de la commission parlementaire des droits de l'homme, a été tué pendant qu'il se trouvait dans la mosquée al-Chaouaf, dans l'ouest de Bagdad.

La police a déclaré que l'attaque avait fait six morts dont l'agresseur. Selon elle, l'assassin a ouvert le feu aveuglément sur les fidèles avant de faire sauter une grenade. L'agresseur était âgé de 15 à 18 ans et a atteint Al-Oubaïdi de deux balles dans la tête, a ajouté la police.

«Al-Qaïda est peut-être derrière cet événement, ou un autre groupe armé. Cela montre que la situation sécuritaire reste précaire et dangereuse. Le gouvernement se doit de garantir davantage la sécurité», a déclaré un porte-parole du Front de la concorde.

«Les assassinats de dirigeants politiques ont un effet énorme sur la paix dans le pays. Ces actes visent à attiser les tensions religieuses entre sunnites et chiites, et aussi entre factions sunnites rivales», juge Hazim al-Nouaimi, politologue à l'Université de Bagdad.

Il a prédit que la mort d'Al-Oubaïdi entraînerait des clivages au sein du Front, qui dispose d'une trentaine de députés sur 275 au Parlement. Bien qu'il soit de moindre importance que les blocs chiite et kurde, le Front de la concorde avait réalisé un bon score aux municipales tenues au début de cette année.

Hachim al-Taïe, membre du Front, a balayé les perspectives de divisions au sein du bloc sunnite et a estimé qu'un autre modéré, Abdel Karim al-Samarraï, prendrait la succession d'Al-Oubaïdi.

«Cet incident va resserrer le bloc. Je ne pense pas qu'il aura des incidences négatives sur la réconciliation, car le martyre comble les fossés entre les blocs», a-t-il ajouté.

Al-Oubaïdi, qui avait pris la tête du Front de la concorde récemment, était considéré comme une personnalité susceptible de réconcilier les tendances au sein du groupe et de faire la paix avec les chiites, les Kurdes et d'autres confessions.

Le premier ministre, Nouri al-Maliki, avait mis en garde jeudi contre le risque d'une montée de la violence avant les législatives. Le retrait des troupes de combat américaines des centres urbains, qui doit s'achever à la fin du mois, est une autre source potentielle de tensions.

À voir en vidéo