Cisjordanie - Une fusillade divise le Fatah et le Hamas

Les dizaines d’impacts de balles visibles sur les murs et les meubles de la maison attestaient de la violence de la fusillade.
Photo: Agence Reuters Les dizaines d’impacts de balles visibles sur les murs et les meubles de la maison attestaient de la violence de la fusillade.

Kalkilya, Cisjordanie — Une fusillade entre les forces de sécurité et des militants du Hamas a fait six morts hier en Cisjordanie, trois jours après l'engagement pris par Mahmoud Abbas devant Barack Obama d'assurer la sécurité du territoire.

L'affrontement a éclaté dans la nuit quand des policiers de l'Autorité palestinienne sont intervenus dans un quartier de la ville de Kalkilya pour arrêter Mohammad Samman, un chef militaire du mouvement islamiste, et son second Mohammad Yacine.

Les deux hommes s'étaient retranchés dans une maison encerclée par les forces de sécurité et ont été tués dans la fusillade. Le propriétaire de l'habitation a également péri, ainsi que trois policiers. Selon des témoins, Samman et Yacine ont ignoré les appels à la reddition. Le porte-parole des forces de sécurité palestiniennes, Adnane Damiri, a assuré que la police avait tenté de négocier en vain.

«Les forces de sécurité ont essuyé des milliers de tirs», a-t-il dit. Les dizaines d'impacts de balles visibles sur les murs et les meubles de la maison attestaient de la violence de la fusillade. D'importantes quantités d'explosifs ont été retrouvées dans la maison, a ajouté Damiri. La ville a été placée sous couvre-feu.

Cette fusillade devrait accentuer les tensions entre le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007 après avoir mis les forces du Fatah en déroute.

Le mouvement islamiste a déploré cet incident, imputé aux «agents sionistes», termes visant les forces loyales à Abbas qui est tenu pour responsable «du crime et de ses conséquences», a dit un porte-parole à Gaza.

Le Hamas a menacé d'annuler sa participation aux pourparlers de réconciliation qui doivent reprendre en juillet au Caire. «Nous sommes plus que jamais sur le point de prendre la décision de suspendre notre participation au dialogue», a ainsi déclaré Faouzki Barhoum, un porte-parole du Hamas dans la bande de Gaza.

Si elle accroît les tensions entre Palestiniens, la fusillade pourrait augmenter le crédit d'Abbas à Washington au moment où des tensions apparaissent entre le président américain Barack Obama, soucieux de faire avancer les pourparlers de paix, et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Obama a reçu Abbas jeudi à la Maison-Blanche et l'a félicité pour les mesures de sécurité prises en Cisjordanie depuis 2003 dans le cadre de la «feuille de route» qui impose de poursuivre les activistes. Le président de l'Autorité palestinienne a pour sa part déclaré devant la presse qu'il était engagé à faire respecter «la loi et l'ordre» dans ce territoire et à remplir «toutes nos obligations contenues dans la feuille de route, de A à Z».

«Les forces de sécurité palestiniennes frapperont d'une main de fer quiconque nuira aux intérêts du peuple palestinien», a déclaré Abbas, cité hier par l'agence palestinienne Wafa. Il a qualifié de «hors-la-loi» les activistes du Hamas.

Le Hamas accuse quant à lui les forces de sécurité dominées par le Fatah d'aider Israël à pourchasser ses militants et de les harceler en Cisjordanie. Vingt-deux activistes du Hamas ont en outre été arrêtés samedi en Cisjordanie, dans ce que le Hamas présente comme une tentative de saboter la médiation menée par l'Égypte pour réconcilier les deux groupes. Pour le Fatah, ces arrestations n'ont aucun lien avec la rivalité qui oppose les deux factions.