Sommet trilatéral à Washington - Karzaï et Zardari promettent d'être plus fermes envers les talibans

Le président américain Barack Obama a reçu hier à la Maison-Blanche ses homologues Hamid Karzaï de l'Afghanistan et Asif Ali Zardari du Pakistan, deux personnages clés dans sa stratégie de lutte contre l'extrémisme, alors que les talibans ne s'avouent vaincus dans aucun de ces deux pays.

Washington tente de convaincre ses deux alliés de collaborer plus étroitement dans le combat contre ces insurgés islamistes qui disposent de bases des deux côtés d'une frontière poreuse.

Mission accomplie ou en voie de l'être, s'il faut en croire le président américain. «Je suis heureux que ces deux hommes, les dirigeants élus de l'Afghanistan et du Pakistan, mesurent totalement la gravité de la menace à laquelle nous sommes confrontés, et aient réaffirmé leur engagement à y faire face», a dit Barack Obama, aux côtés des deux présidents, hier après-midi.

Les relations entre les trois pays sont souvent houleuses, marquées par de fréquentes récriminations. Hier, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a été obligée d'exprimer sa «profonde tristesse» devant la mort de nombreux civils afghans dans ce qui apparaît comme une nouvelle bavure commise lundi par l'aviation américaine.

Le Pakistan, lui, a eu droit aux félicitations de Mme Clinton pour l'offensive militaire qu'il mène depuis une dizaine de jours contre des talibans installés dans plusieurs districts de sa province du nord-ouest. Cette campagne pourrait s'intensifier au cours des prochaines heures, et la crainte d'un affrontement majeur dans la vallée de Swat a provoqué l'exode de dizaines de milliers de personnes.

L'octroi au Pakistan d'une aide d'urgence d'environ 1 milliard de dollars, en plus de versements annuels de 1,5 milliard pendant cinq ans, est actuellement à l'étude au Congrès américain. Cette assistance à la fois civile et militaire ne sera sans doute pas octroyée sans conditions.

Les États-Unis reprochent depuis longtemps aux autorités pakistanaises de manquer de fermeté envers les talibans installés dans les régions frontalières de l'Afghanistan.

Le président Obama compte déployer dans ce dernier pays quelque 21 000 soldats supplémentaires cette année, ce qui y portera le contingent américain à 68 000 hommes. Les États-Unis n'ont pas de troupes au Pakistan, mais ils y font des frappes aériennes avec l'appui discret des autorités.

Ces derniers mois, Washington s'est inquiétée de la progression des talibans pakistanais vers des zones de plus en plus proches d'Islamabad, la capitale d'un pays disposant de l'arme nucléaire.

En février, les États-Unis ont reproché au gouvernement pakistanais de conclure avec les talibans de la vallée de Swat un accord leur permettant d'imposer la charia, la loi islamique, en échange d'un engagement à renoncer à leurs patrouilles armées. Washington a ensuite reproché à Islamabad de tarder à réagir quand les talibans ont rompu cette promesse et ont même imposé leur présence dans d'autres districts.

«Ma démocratie se montrera à la hauteur, le peuple pakistanais se tiendra aux côtés du peuple américain et du peuple afghan», a assuré hier Azif Ali Zardari.

«Je demande à nos frères et soeurs du Pakistan de compter sur nous: l'Afghanistan fera tout ce qui est possible pour apporter la paix et la prospérité à nos deux pays», a renchéri Hamid Karzaï.

Les deux hommes ont participé hier matin à des réunions de travail avec des ministres des trois pays avant de rencontrer, d'abord séparément puis ensemble, Barack Obama. C'était la première fois depuis sa prise de fonction en janvier que le président américain réunissait MM. Zardari et Karzaï.

Le programme a commencé en matinée par la signature d'un document engageant Islamabad et Kaboul à résoudre d'ici la fin de l'année le vieux problème du transit des importations et des exportations de l'Afghanistan, un pays qui n'a pas d'accès à la mer.

Les dernières informations indiquent qu'on a affaire à une crise régionale. Au Pakistan, plus de 40 000 personnes ont fui Mingora, le chef-lieu du district de Swat, où l'armée a assuré hier avoir tué 35 talibans dans les plus violents combats depuis l'accord de cessez-le-feu de février, rendu de facto caduc. Les militaires ont également affirmé avoir abattu 27 talibans dans le district voisin de Buner.

D'autre part, les informations selon lesquelles des dizaines de civils, dont des femmes et des enfants selon la Croix-Rouge, avaient été tués lundi dans des combats et des bombardements américains dans la province de Farah en Afghanistan sont venues rappeler que la situation est tout aussi préoccupante dans ce pays.

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Avec l'Agence France-Presse

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