L'Afrique attend encore l'effet Obama

L’élection de Barack Obama avait soulevé une vague d’enthousiasme immense en Afrique, et principalement au Kenya (photo), là où est né son père.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’élection de Barack Obama avait soulevé une vague d’enthousiasme immense en Afrique, et principalement au Kenya (photo), là où est né son père.

Quelle sera la relation de Barack Obama avec l'Afrique? La question demeure entière plus de 100 jours après l'arrivée au pouvoir d'un président dont on attend beaucoup sur le continent noir.

Barack Obama va-t-il révolutionner la politique américaine à l'égard de l'Afrique, qui le considère un peu comme «son» président des États-Unis? C'est un des sujets dont il a le moins parlé depuis son entrée en fonction le 20 janvier. Il est donc permis d'en douter.

Le président doit évidemment compter avec une situation économique et budgétaire désastreuse, qui l'empêche de lancer de grandes initiatives, alors que d'autres enjeux peuvent paraître plus étroitement liés à l'intérêt national des États-Unis.

Il est probable qu'il commencera par consolider les programmes mis en place par ses prédécesseurs plutôt que d'imposer des changements spectaculaires. Il devra aussi intervenir de façon ponctuelle dans les principaux points chauds situés au sud du Sahara.

«Il faudra attendre quelque temps avant que la nouvelle administration n'imprime sa marque» en cette matière, croit Jennifer Cooke, directrice du programme africain du Center for Strategic and International Studies (CSIS) de Washington. Surtout, ajoute cette spécialiste, que l'Afrique est un sujet sur lequel les républicains et les démocrates s'entendent assez bien.

C'est ailleurs qu'il faut chercher les signes de changement. Le fait que la plus grande puissance du monde est aujourd'hui dirigée par un homme noir constitue un puissant symbole. Certains y ont vu le début d'une «ère postraciale», pour les États-Unis bien sûr, mais aussi pour toute la planète.

«L'élection d'Obama a été un véritable électrochoc, fait de fierté et de confiance en soi», affirme Kanyhurhi Tchika, rédacteur en chef du Magazine transatlantique, un média Internet qui, comme son nom l'indique, s'intéresse aux relations entre l'Afrique et l'Amérique du Nord.

Pour ce Congolais d'origine, l'accession de Barack Obama à la Maison-Blanche change la perception que le monde a de l'Afrique, et que cette dernière a d'elle-même, presque au point d'effacer les préjugés entretenus pendant les siècles d'esclavage et de colonisation européenne.

Tout comme les Américains ont su s'élever au-dessus de la barrière de la race, les Africains sauront mettre fin à leurs conflits ethniques et à d'autres problèmes, croient plusieurs observateurs. C'est le fameux slogan «Yes we Can» appliqué à l'Afrique.

«Contrairement aux autres présidents, Obama ne peut pas être facilement roulé par les dirigeants africains», croit en outre Kanyhurhi Tchika, qui voit la main de Washington dans le changement d'attitude du Rwanda à l'égard de la rébellion tutsie opérant au Congo, l'hiver dernier.

«Il faut que l'Afrique fasse sa part. Surtout les pays qui comptent, comme le Nigeria, le Congo et l'Afrique du Sud, ajoute-t-il. Il faut que ces pays trouvent des leaders qui créent de nouvelles expériences chez eux.»

Non seulement Obama connaît-il l'Afrique, mais, comme Noir, il peut se permettre d'en critiquer les leaders sans risquer de passer pour un raciste. C'est ce qu'il avait fait lors d'un voyage officiel au Kenya à l'époque où il était sénateur de l'Illinois.

Le président n'a pas encore nommé de titulaire pour le bureau des affaires africaines du département d'État, mais d'autres nominations donnent une idée de ses priorités.

La nouvelle ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Susan Rice, a justement dirigé le bureau en question de 1997 à 2001, sous la présidence de Bill Clinton. Elle s'est prononcée à plusieurs reprises sur le conflit au Darfour, tout comme la nouvelle responsable des affaires multinationales au Conseil national de sécurité (NSC), Samantha Power, une journaliste et universitaire de renom.

Au même NSC, Barack Obama a nommé Michelle Gavin au poste de conseillère principale pour l'Afrique. Cette ancienne «fellow» au Council on Foreign Relations a beaucoup travaillé sur le dossier du Zimbabwe, mais elle s'intéresse également aux questions démographiques.

L'aide américaine à l'Afrique a considérablement augmenté pendant les huit ans de l'administration de George W. Bush, pour atteindre environ cinq milliards en 2008. Une bonne partie de cette somme est consacrée à la lutte contre le sida et la malaria.

L'été dernier, le Congrès a approuvé un doublement du budget du PEPFAR, le programme de lutte contre le sida du gouvernement américain, dont la majeure partie va à l'Afrique. «Il y a un débat sur la question de savoir s'il faut augmenter l'assistance en matière de santé ou si d'autres formes d'aide au développement ne devraient pas être mises en oeuvre», note Jennifer Cooke du CSIS.

Le continent africain se signale souvent à notre attention par les catastrophes qui le ravagent. On en arrive presque à oublier qu'il recèle les plus riches gisements de plusieurs minéraux convoités ainsi que d'importantes réserves de pétrole. On prévoit qu'il répondra au quart de la demande américaine d'or noir en 2015.

Outre ceux qui servent à acheminer l'aide humanitaire, les principaux outils de la politique américaine en Afrique s'appellent AGOA et Africom.

Adopté en 2000 sous la présidence de Bill Clinton, l'African Growth and Opportunity Act (AGOA) accorde aux pays qui se soumettent à des règles de «bonne gouvernance» le droit d'exporter certains produits aux États-Unis hors taxes et sans quotas.

Une quarantaine de pays se sont qualifiés. Si quelques produits transformés en Afrique du Sud en ont profité, c'est surtout le pétrole, dont les États-Unis ont grand besoin, qui a afflué du Nigeria, du Tchad, de l'Angola et du Gabon grâce à l'AGOA.

«L'AGOA ne s'attaque pas aux obstacles qui empêchent les Africains d'être compétitifs, comme le manque d'infrastructures, observe Jennifer Cooke. On en revient à la question de savoir ce que veulent les Africains. Ils veulent plus de commerce, mais aussi de meilleures infrastructures. Or les Chinois en construisent beaucoup à l'heure actuelle.»

Est-ce pour contrer l'influence chinoise que le département de la Défense américain a mis sur pied pendant le second mandat de George W. Bush un commandement régional distinct pour l'Afrique? Officiellement, l'Africom a pour mission de coordonner la coopération militaire, tout en se chargeant de certaines questions liées à la diplomatie et au développement. Cette dernière particularité a valu aux États-Unis d'être accusés de vouloir militariser leur aide.

L'initiative est à ce point controversée qu'aucun pays africain n'a voulu héberger le QG de l'Africom, qui se trouve toujours en Allemagne...

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