La coalition admet que des opérations échappent à son contrôle

Kandahar, Afghanistan — Difficile de «gagner le coeur et l'esprit des Afghans», selon la formule consacrée par les militaires, quand on ne peut ré-pondre des bombes qui leur tombent dessus. La coalition internationale dont fait partie le Canada assure qu'elle fait un «usage minimal de la force» et qu'elle ne «vise jamais le peuple afghan», mais admet à mots couverts que des opérations échappent à son contrôle.

«Les bombes qui tombent sur le sud de l'Afghanistan ne sont pas toutes larguées par la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), je dirais même que la plupart des bombes ne le sont pas», a indiqué, hier, en entrevue, le commandant de la FIAS dans la Région Sud, le major général Mart de Kruif, au quartier général de l'aérodrome de Kandahar.

Il expliquait ainsi pourquoi, la veille, dans une conférence de presse en présence de nombreux médias afghans qui le questionnaient sur les morts civiles, il avait insisté sur le fait que les coalisés étaient «très réticents» à l'emploi de la force, réservée exclusivement à l'autodéfense.

«Il y a d'autres opérations en cours dans le Sud, pas seulement celles de la FIAS», a-t-il laissé entendre laconiquement, hier, sans donner davantage de détails. Des opérations secrètes dont on ne peut faire état sont menées dans le Sud, qui constitue la ligne de front ou le ventre mou de l'Afghanistan dans cette guerre anti-insurrectionnelle. Quand des civils sont tués dans ces bombardements ou ces raids, la FIAS est éclaboussée. «Nous réalisons clairement que cela affecte celui qui occupe le champ de bataille, c'est-à-dire moi, a-t-il convenu. Je supporte les conséquences négatives.»

Bouclier humain

Selon un rapport des Nations unies, le nombre de morts civiles a augmenté de 40 % en Afghanistan en 2008, pour atteindre 2118.

Les actions des insurgés sont à l'origine de la plupart des morts civiles, mais 39 % des pertes seraient imputables aux opérations de la FIAS.

M. De Kruif a soulevé le fait que les rebelles employaient «de plus en plus» la population civile comme «bouclier humain» et qu'en réaction d'autodéfense, les coalisés devaient riposter. La veille, il avait souligné que «la FIAS ne tolérera jamais les pertes civiles et enquêtera sur chacune des allégations».

Le chef des troupes coalisées dans la Région Sud a d'ailleurs assuré que l'afflux massif de renforts américains dans les prochains mois ne changerait pas, non plus, les règles d'engagement, c'est-à-dire les directives qui encadrent l'autorisation d'engager le combat, d'ouvrir le feu, de riposter.

«Il y a déjà une forte présence américaine dans le Sud et je ne vois pas de différence sensible dans l'emploi de la force. Je n'y vois pas de problème», a-t-il commenté, en précisant que les militaires américains ont été informés des règles de la coalition avant leur déploiement.

«Il n'y aura qu'une seule chaîne de commandement», a-t-il aussi tenu à préciser: les nouveaux renforts américains, forts de 17 000 soldats, seront placés sous son autorité, au sein de la FIAS.

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