Le Pakistan s'embrase

Islamabad — Vingt-deux personnes ont été tuées et 40 blessées hier dans le nord du Pakistan dans un attentat suicide visant, à la porte d'une mosquée, un rassemblement religieux de la minorité chiite, régulièrement la cible d'attaques d'extrémistes sunnites, a indiqué la police.

Selon un responsable, le kamikaze semble avait été un garçon d'une quinzaine d'années dont les jambes et la tête ont été trouvés sur le lieu de l'attentat.

Le ministre de la Justice de la province, Rana Sanaullah, a expliqué que l'auteur de l'attentat, qui cherchait à pénétrer dans la mosquée, en avait été empêché et qu'il s'était fait exploser à l'entrée de l'édifice.

«L'attaquant a été intercepté à l'entrée, faute de quoi le bilan aurait pu être plus lourd», a déclaré Rana Sanaullah. La mosquée a été épargnée. Des carcasses de voitures et de deux roues jonchaient l'extérieur de l'édifice.

Le Pakistan est en proie à une vague sans précédent d'attentats, suicide pour la grande majorité, perpétrés par des talibans pakistanais proches d'al-Qaïda, qui reprochent à Islamabad de s'être allié dès fin 2001 aux États-Unis dans leur «guerre contre le terrorisme».

Ces attentats ont fait plus de 1700 morts en un an et demi. Une petite partie de ces attaques vise la communauté chiite, qui représente moins de 20 % des quelque 168 millions d'habitants de la République islamique du Pakistan, et sont perpétrées essentiellement par des groupes armés d'extrémistes sunnites, proches ou liés aux talibans sunnites.

Même si elle connaît un regain de violence ces derniers mois, la rivalité sanglante entre sunnites et chiites au Pakistan est bien antérieure à la nouvelle vague d'attentats: depuis 1980, environ 4000 personnes ont été tuées dans des violences religieuses entre les deux communautés, pour l'immense majorité des chiites.

Cette nouvelle attaque intervient au lendemain d'un attentat suicide qui visait les forces de sécurité en plein coeur de la capitale Islamabad. Un kamikaze y a fait exploser sa bombe dans un camp de soldats chargés de la sécurité des zones sensibles de la ville, tuant huit d'entre eux.

Les talibans pakistanais, dont le principal mouvement a fait allégeance à Al-Qaïda, avaient promis de venger, jusque dans la capitale, les personnes tuées dans les tirs de missiles américains dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan, et considérées par Washington comme le principal bastion d'al-Qaïda et de ses alliés talibans afghans.

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