Irak - Le torchon brûle entre al-Maliki et les Sahwa

Les militaires irakiens ont investi le quartier de Fadel, à Bagdad.
Photo: Agence Reuters Les militaires irakiens ont investi le quartier de Fadel, à Bagdad.

Bagdad — Le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a affirmé hier soir que le réseau al-Qaïda et le parti Baas de l'ancien président Saddam Hussein infiltraient les Sahwa («réveil» en arabe), ces milices luttant contre al-Qaïda dont plusieurs membres ont été arrêtés ces derniers jours.

«Selon des rapports de renseignement confirmés, al-Qaïda et le parti Baas ont infiltré les Sahwa», a déclaré M. Maliki dans une interview diffusée par la chaîne publique irakienne Iraqiya.

Les 92 000 miliciens de Sahwa sont d'anciens insurgés, en majorité des baasistes, des militaires de l'ancien régime et des recrues d'al-Qaïda qui se sont retournés contre leurs anciens compagnons d'armes, jugeant leurs actions trop sanguinaires et sans issue.

Revenant sur l'arrestation le week-end dernier à Fadel, dans le centre de Bagdad, du chef local des Sahwa, Adil Machhadani, le chef du gouvernement a souligné que «Fadel était l'endroit d'où le Baas voulait s'étendre». «Il ne s'agissait pas de Sahwa à Fadel, mais de bandes armées agissant sous les ordres du Baas», a martelé le premier ministre.

Accusé par certains médias d'avoir joué à Fadel la division entre son gouvernement majoritairement chiite et les Sahwa, essentiellement sunnites, M. Maliki a dit que «ce n'est pas une question chiite-sunnite». «Il s'agit d'un parti interdit qui essaie de créer des problèmes», s'est-il défendu en référence au Baas.

L'arrestation de Machhadani est «un message lancé à ceux qui prennent le chemin emprunté par les bandes criminelles» de Fadel, a-t-il également averti. «Ils ne doivent pas imaginer que l'État n'est pas au courant de ce qu'ils font. Et le jour viendra où ils devront rendre des comptes à la justice.»

L'arrestation d'Adil Machhadani, ainsi que de dizaines d'autres membres des Sahwa ces derniers jours, survient au moment où le gouvernement vient de s'assurer le contrôle opérationnel et financier des 92 000 miliciens sunnites des Sahwa.

Financés dans un premier temps par l'armée américaine, les Sahwa avaient fortement contribué à la baisse des violences en Irak amorcée au second semestre de 2007.

L'annonce par le gouvernement que seulement 20 % d'entre eux seraient intégrés dans les forces de sécurité avait provoqué la colère des miliciens. Les autorités ont ensuite promis que les 80 % restants intégreraient la fonction publique en général.

Leur fin programmée a ravivé les craintes que certains d'entre eux ne regagnent les rangs de l'insurrection.

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