Sommet du G20 à Londres - Rapprochement Europe-États-Unis

Retour à des cieux plus cléments entre Moscou et Washington. Pour leur première rencontre, les présidents américain Barack Obama et russe Dmitri Medvedev ont décidé de reprendre à zéro les relations entre les deux pays en annonçant le lancement
Photo: Agence Reuters Retour à des cieux plus cléments entre Moscou et Washington. Pour leur première rencontre, les présidents américain Barack Obama et russe Dmitri Medvedev ont décidé de reprendre à zéro les relations entre les deux pays en annonçant le lancement

Tous les acteurs ont fait leur entrée en scène, hier, à Londres, à la veille de la réunion du G20 qui se tiendra aujourd'hui. Il y avait le nouveau président américain, Barack Obama, pour sa première grande sortie à l'étranger. Il y avait aussi la France et l'Allemagne, qui en ont profité pour gonfler une dernière fois leurs muscles, sans compter quelques milliers de manifestants et de policiers, le tout ayant pour fond de scène la pire crise économique mondiale depuis un demi-siècle.

Effectuant sa première grande tournée internationale, Barack Obama a dit souhaiter que les chefs des 20 principaux pays industrialisés et émergents passent outre les différences d'opinion qui subsisteraient encore entre eux afin de présenter au monde un front uni. «Nous avons la responsabilité de coordonner nos actions et de nous concentrer sur les points communs, et non sur des divergences épisodiques», a-t-il déclaré à l'issue d'un entretien avec son hôte Gordon Brown, premier ministre britannique.

Les deux hommes ont minimisé les divergences qui sépareraient encore les pays du G20. Il a été beaucoup question, ces derniers jours, de l'opposition entre les Américains, qui réclament de leurs partenaires économiques qu'ils consacrent plus d'argent à la relance économique, et les Européens, qui voudraient plutôt que l'on «moralise» les règles de la finance internationale afin d'éviter que ne se répète une pareille crise.

Pas vraiment en chicane

Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, en ont remis une couche hier en appelant de nouveau à l'adoption de mesures concrètes de resserrement de la régulation des marchés financiers. «Nous disons que, sans une nouvelle régulation, il n'y aura pas de confiance. Et sans confiance, il n'y aura pas de reprise; c'est un objectif majeur, non négociable», a déclaré Nicolas Sarkozy.

Le président français a néanmoins admis qu'il faisait «confiance» à ce chapitre à son homologue américain. «Je suis sûr qu'il va nous aider, je suis sûr qu'il nous comprend.» Interrogé sur ses menaces de claquer la porte du Sommet si ses attentes ne sont pas satisfaites, il a répondu par une pirouette: «C'est embêtant pour moi de partir alors que je viens d'arriver.»

En fait, Européens et Américains sont loin d'être aussi éloignés qu'il n'y paraît, a fait remarquer en entretien téléphonique au Devoir Jenilee Guebert, chercheuse senior au G20 Research Group de l'Université de Toronto. Les déclarations coups-de-poing de la France et de l'Allemagne ces derniers jours visaient principalement les électeurs de ces pays. «Les États-Unis ne sont pas contre un resserrement de la régulation, au contraire. Les Européens sont d'accord, aussi, pour faire leur part afin de relancer l'économie. Leurs politiques sociales en font déjà un bon bout. Les discussions de dernière minute ont surtout porté sur l'établissement ou non d'objectifs chiffrés et sur le niveau d'ambition de ces objectifs.»

Sommet économique et diplomatique

Les participants à la réunion du G20 auront de quoi s'occuper aujourd'hui (voir autre texte en page B 1). Outre les problèmes de la relance économique mondiale et du renforcement de la régulation du secteur financier, ils doivent aussi discuter de la lutte aux paradis fiscaux, de la rémunération des dirigeants des institutions financières, de l'augmentation de la capacité financière du Fonds monétaire international (FMI) à venir en aide aux pays en développement, sans parler du rejet du réflexe protectionniste.

Il est à parier que les policiers chargés de la sécurité pendant l'événement seront aussi très occupés. Hier, environ 4000 manifestants ont défilé dans les rues du quartier financier de Londres en scandant des slogans tels que: «Contre l'inflation: mangez les riches!» Largement pacifiques, les manifestations ont donné lieu à quelques accrochages avec les milliers de policiers dépêchés sur place (voir autre texte en page B 1).

La journée d'hier a également permis une série de rencontres bilatérales entre les participants au Sommet. Le président Obama en a profité notamment pour rencontrer pour la première fois son homologue russe, Dmitri Medvedev (voir autre texte en page A 5). Il s'est aussi entretenu avec le président chinois, Hu Jintao. La rencontre a permis de prendre rendez-vous pour une prochaine visite de Barack Obama en Chine au cours de la seconde moitié de l'année. Les deux dirigeants ont convenu de «renforcer les liens à tous les niveaux», de l'économie à la lutte au terrorisme, et d'accentuer la concertation sur des questions de «non-prolifération nucléaire» et «tous les autres sujets de sécurité nationale». Les deux pays se sont aussi promis de «reprendre le dialogue sur les droits de l'homme aussi vite que possible».

Principale puissance économique émergente, la Chine s'est faite relativement discrète hier à Londres. «Franchement, cela m'étonne un peu, a confié au Devoir l'experte Jenilee Guebert. On aurait pu s'attendre, par exemple, à ce qu'elle rappelle l'importance de lui faire une plus grande place au FMI. On les entendra peut-être plus tard.»

D'autres réunions à venir

Le Canada a aussi fait entendre sa voix. Le premier ministre Stephen Harper a dit douter que les Américains et les pays émergents acceptent de se soumettre à un régulateur mondial en matière financière. Il a proposé, comme solution intermédiaire, que chaque pays ait ses propres régulateurs, mais que ceux-ci soient soumis ensuite à des mécanismes de contrôle internationaux. Il a aussi pressé les pays de consacrer plus de moyens à la relance économique mondiale, même au risque d'en faire trop.

L'Organisation de coopération et de développement économiques a rappelé, mardi, que le monde était en proie à sa plus grave crise économique en un demi-siècle. Le club des pays industrialisés a prédit à ses membres un recul moyen de 4,3 % de leurs économies, cette année, et la stagnation en 2010. Le FMI prévoit, pour sa part, que l'ensemble de l'économie mondiale accusera cette année sa première décroissance depuis la Seconde Guerre mondiale, avec un taux de -0,5 % à -1 %.

Créé il y a une dizaine d'années à l'initiative de Paul Martin, alors ministre canadien des Finances, le G20 est resté un forum de ministres des Finances jusqu'à l'éclatement de la crise actuelle et à la tenue d'une première rencontre de ses chefs de gouvernement, à Washington, à la fin du mois de novembre. Outre les pays du G8 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie), le G20 a aussi pour membres l'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, le Mexique, la Turquie et les émissaires de l'Union européenne.

«Cette réunion, à Londres, ne sera pas la dernière, a prédit hier Jenilee Guebert. Elle est une étape d'un processus qui sera plus long. On peut être sûr qu'il se tiendra une autre réunion du G20 d'ici la fin de l'année.» Plusieurs pays ont d'ailleurs déjà donné des signes d'intérêt pour son organisation, a-t-elle dit, dont l'Italie, la Corée du Sud, le Japon, et la France.

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Avec l'Agence France-Presse, La Presse canadienne et Reuters

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