Les fortifications modernes - 18 000 km de mur

La fin de la guerre froide, marquée par la chute du mur de Berlin il y aura 20 ans en novembre prochain, allait donner naissance à un monde sans frontières. Allez-y voir. Outre que de nouveaux États sont apparus avec l'implosion de l'URSS, des milliers de kilomètres de murs frais — 18 000 pour être précis — ont été érigés à des fins de sécurisation frontalière.

Vingt et un murs de sécurité ont vu le jour depuis le début des années 1990, de la frontière mexico-américaine à la Cisjordanie occupée en passant par les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au Maroc. Ils excluent, enferment, séparent, protègent. «La mondialisation n'a pas seulement échoué à démolir les murs, elle en a créé de nouveaux», affirmait hier le politologue marocain Abderrahim El Maslouhi dans le cadre d'un fascinant colloque sur «les murs en relations internationales» organisé, à l'abri de la grève des professeurs, par la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

La thèse néolibérale de la fin des frontières aura surtout été mise à mal par le choc du 11-Septembre. En fait, 17 des 21 murs bétonnés, barrières de sécurité et murs «virtuels» ont été construits dans les seules huit dernières années, dans le contexte, d'abord, de la «guerre contre le terrorisme», mais dans celui, aussi, de la lutte contre l'immigration clandestine et le trafic de drogue.

Les Chinois ont construit la grande muraille, les Romains le mur d'Hadrien. Deux mille ans plus tard, les murs redeviennent depuis 2001, sous une forme autrement plus technologique, un instrument clé de la protection de la souveraineté nationale.

Aussi, ces fortifications modernes représentent-elles un marché en pleine expansion qui ne donne pas de signes d'essoufflement. La peur ne connaît apparemment pas la crise. Les grandes entreprises d'armement se reconvertissent afin d'adapter leurs produits à un «ennemi» qui n'obéit pas aux lois de la guerre conventionnelle. Au complexe militaro-industriel succède le complexe sécuritaire-industriel, selon la formule de Julien Saada, chercheur à la Chaire: ce sont des firmes comme Lockheed Martin, GE, IBM et Panasonic qui développent des instruments de contrôle biométrique, construisent des drones et mettent au point des senseurs thermiques et des détecteurs de mouvement...

À la clé, souligne M. Saada, ce virage donne lieu à une inquiétante privatisation de responsabilités de contrôle frontalier qui relèvent traditionnellement de l'État.

Le premier marché en importance est américain — évalué en 2006 à 45 milliards $US. Israël est un autre gros joueur de l'industrie. On s'attend à un élargissement rapide du marché en Europe, en Inde et en Chine. Extrêmement critique du mur israélien construit autour de la Cisjordanie, l'Arabie saoudite caresse le gigantesque projet de planter une clôture de sécurité «intelligente» sur les 5000 km de sa frontière, histoire surtout de se protéger de l'Irak au nord. Un projet total de 12 milliards dont le groupe européen EADS a décroché fin 2008 une première tranche de 900 millions.

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