Obama propose à l'Iran «un nouveau départ»

«Mon administration est désormais dévouée à une diplomatie incluant l'ensemble des questions qui se présentent à nous, en vue de nouer des liens constructifs», a déclaré Barack Obama. Un conseiller de la présidence iranienne s'est félicité de l'initiative américaine.

Washington et Téhéran — Barack Obama a proposé hier à l'Iran un «nouveau départ» dans leurs relations diplomatiques afin de tourner la page de 30 ans d'hostilité américaine envers Téhéran, qui dit attendre des gestes concrets de la part de Washington.

Son message a pris la forme inédite d'un enregistrement vidéo destiné à être diffusé sur plusieurs chaînes du Moyen-Orient à l'occasion de la fête de Norouz, le Nouvel An du calendrier iranien célébré à l'arrivée du printemps.

Réagissant avec une rapidité inhabituelle, un conseiller du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, s'est félicité de «l'intérêt du gouvernement américain à combler les divergences», tout en l'invitant à «réaliser les erreurs commises par le passé et à faire le nécessaire pour les réparer».

«En changeant fondamentalement de comportement, l'Amérique peut nous tendre une main amicale, a poursuivi Aliakbar Javanfekr, conseiller du chef de l'État. Les sanctions illimitées qui perdurent et ont été renouvelées par les États-Unis sont une erreur. Elles doivent être réexaminées.»

«La nation iranienne a montré qu'elle pouvait oublier les décisions hâtives, mais nous attendons des gestes concrets de la part des États-Unis», a-t-il souligné sans plus de précisions, ajoutant que «soutenir Israël n'est pas un geste amical».

L'administration Obama avait déjà manifesté son intention de renouer le contact avec l'Iran, isolé par l'équipe de George Bush qui en avait fait l'un des pôles de son «axe du mal», mais la dernière initiative du nouveau locataire de la Maison-Blanche est la plus spectaculaire depuis son investiture, le 20 janvier.

«J'aimerais m'adresser directement au peuple et aux dirigeants de la République islamique d'Iran. Nous cherchons la promesse d'un nouveau départ», déclare le président, qui reconnaît la difficulté de la tâche mais se dit prêt à tendre la main à l'Iran s'il consent à «desserrer le poing».

«Mon administration est désormais dévouée à une diplomatie incluant l'ensemble des questions qui se présentent à nous, en vue de nouer des liens constructifs», poursuit-il sur un ton conciliant qui tranche singulièrement avec la rhétorique de son prédécesseur.

Son homologue iranien, qui briguera vraisemblablement un nouveau mandat en juin, s'est également dit prêt au dialogue avec les États-Unis, moyennant un virage politique de la part de

Washington.

L'invitation lancée à l'Iran en vue de la conférence internationale sur l'Afghanistan qui se tiendra fin mars à La Haye a été interprétée comme le premier signe d'un assouplissement des relations entre les deux pays. «Ce processus n'avancera pas grâce aux menaces. Nous attendons plutôt un engagement honnête et fondé sur le respect mutuel», avertit Obama dans son message.

Les États-Unis souhaitent voir Téhéran prendre «la place qui lui revient de droit dans la communauté des nations», poursuit-il, insistant toutefois sur le partage des efforts à fournir en ce sens. «Vous avez ce droit, mais il s'accompagne de grandes responsabilités et cette place ne saurait être prise par le terrorisme ou les armes, mais plutôt par des actions pacifiques qui démontrent la grandeur réelle du peuple et de la civilisation iraniens», dit le président des États-Unis.

«L'échelle de cette grandeur n'est pas la capacité à détruire, c'est la capacité manifeste à créer et à construire», souligne-t-il, évoquant les ambitions nucléaires militaires dont l'Iran est soupçonné.

Le président souhaite que «l'avenir permette des échanges renouvelés entre nos peuples et de grandes occasions de partenariat et commerciales». Il invite en outre Téhéran à rompre avec les mouvements figurant sur la liste américaine des organisations terroristes et à renoncer aux «propos belliqueux» à l'égard d'Israël.

Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, a exhorté Téhéran à saisir cette main tendue. «J'espère que cela ouvrira un nouveau chapitre dans les relations avec l'Iran», a-t-il déclaré à la presse avant la deuxième journée du sommet de Bruxelles, rappelant que l'Occident avait toujours à régler son contentieux avec Téhéran sur le programme nucléaire iranien.

Soucieuse d'exprimer la portée de l'offre, la Maison-Blanche a diffusé la vidéo sur son site Internet et en a distribué des exemplaires aux chaînes de la région avec des sous-titres en farsi pour démontrer le sérieux de cette main tendue. Les relations diplomatiques irano-américaines ont été rompues à l'initiative de Washington après la crise des otages de 1979-81. Cinquante-deux diplomates américains avaient alors été retenus dans leur ambassade pendant 444 jours par des étudiants iraniens.

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