Villepin justifie l'autorisation de survol de la France

Paris — Dominique de Villepin a défendu hier l'autorisation de survol donnée par la France aux avions américains et britanniques qui bombardent l'Irak. «Il existe, comme l'a souligné le président de la République, des usages entre alliés que nous devons respecter, et parmi ceux-là figure le droit au survol», a déclaré le ministre des Affaires étrangères devant l'Assemblée nationale. «Aucun membre de l'OTAN, quelle que soit sa position par rapport à la guerre, n'a remis en cause cet usage», a ajouté M. de Villepin.

Le ministre des Affaires étrangères répondait à une question du député communiste Jean-Pierre Brard, favorable à une interdiction de l'espace aérien français aux avions alliés. Le 10 mars dernier, Jacques Chirac avait assuré que le survol du territoire «fait partie des relations normales qui existent entre pays alliés».

Pour sa part, le patron des députés socialistes Jean-Marc Ayrault a jugé cette autorisation de survol contradictoire avec la position française: «Il serait moralement et politiquement contradictoire que la France s'oppose à la guerre, dénonce les destructions et favorise en même temps le passage des bombardiers.»

Le député vert Noël Mamère a également souligné que «la position de la France est juste, mais [qu']elle sera pleinement sincère lorsque le gouvernement aura refusé le survol de son espace aérien par les B-52».

Résumant la position de la France, Dominique de Villepin a souhaité que la guerre «soit la plus courte et la moins meurtrière possible».

M. de Villepin a insisté sur l'après-guerre et la nécessité de «répondre à l'urgence humanitaire» en adaptant le programme Pétrole contre nourriture des Nations unies. La France entend par ailleurs «établir le plus rapidement possible la pleine souveraineté de l'Irak sur son territoire», a poursuivi le ministre des Affaires étrangères. Cela «implique un rôle central des Nations unies dans le processus de reconstruction de l'Irak», a-t-il souligné.

La France tente de reprendre l'initiative face à Washington sur le terrain de l'après-guerre et de l'humanitaire en Irak, forte du soutien d'une majorité de la communauté internationale qui redoute une hégémonie américaine.

«Aucun État ne peut s'ériger en gardien du monde», a lancé à l'adresse des États-Unis le chef de la diplomatie française, s'exprimant à la télévision publique France 2 hier matin.

«Les États-Unis ont besoin tout de suite de l'ONU pour faire face à l'urgence humanitaire. Ils en auront besoin demain pour gagner la paix de l'ONU et de nous tous», a-t-il ajouté.

Paris a réclamé à l'occasion du dernier Conseil européen à Bruxelles que l'après-guerre en Irak soit géré par les Nations unies.

Le président français Jacques Chirac a averti les Américains et les Britanniques qu'il n'acceptera pas un protectorat unilatéral sur l'Irak, ni ce qui ressemblerait à une légitimation ou à une caution de la guerre ou un quelconque démembrement de l'Irak.

La partie s'annonce toutefois difficile en raison de la méfiance des États-Unis envers les Nations unies après leur échec devant le Conseil de sécurité.

Dominique de Villepin a réuni vendredi dernier les ONG françaises et s'est rendu lundi à Genève pour participer à la Commission des droits de l'homme de l'ONU.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a pour sa part demandé au Conseil de sécurité de lui donner les pleins pouvoirs pour gérer l'aide humanitaire à destination de l'Irak.