Medvedev parle de réarmer la Russie «à grande échelle»

Le «commandant en chef» a tenu son discours devant un parterre de hauts gradés.
Photo: Agence Reuters Le «commandant en chef» a tenu son discours devant un parterre de hauts gradés.

Le président russe a fait une nouvelle sortie qui présage mal de la détente avec l'OTAN espérée depuis l'accession au pouvoir de Barack Obama. Mais les propos de Dmitri Medvedev servent aussi à rassurer le monde militaire.

Comme au bon vieux temps de la guerre froide, le Kremlin a fait encore une fois chauffer les fils des agences de presse hier, en annonçant un «réarmement à grande échelle» de la Russie, à partir de 2011. «Il reste un potentiel de conflit sérieux dans certaines régions, alimenté par des crises locales et les tentatives incessantes de l'Otan de développer son infrastructure militaire près de la Russie», a lancé Dmitri Medvedev. Le président russe faisait allusion au programme américain de «bouclier antimissile» prévu en Pologne et République tchèque, ainsi qu'aux projets d'élargissement de l'Otan à l'Ukraine et la Géorgie. Deux projets dont la Russie fait tout un psychodrame, depuis longtemps déjà, déclarant qu'ils la visent directement.

Au moment où la nouvelle administration Obama propose de relancer la relation avec la Russie, cette nouvelle sortie de Dmitri Medvedev présage mal de la détente. Tout en disant se réjouir des mains tendues, Moscou cultive une rhétorique dure et répète ne plus rien vouloir céder, ni sur le bouclier ni sur l'élargissement de l'Otan. «Mais ces propos de Medvedev étaient surtout à usage interne. Et les États-Unis savent distinguer nos mots et nos actes, souligne Evgueni Volk, analyste de la Fondation Heritage, à Moscou. En période de crise, Medvedev a surtout voulu montrer qu'il continue de soutenir l'industrie militaire russe.»

Officiers

Le commandant en chef a tenu son discours devant un parterre de hauts gradés,

qui sont actuellement très secoués par une importante réforme de l'armée. D'ici 2012, l'armée russe doit perdre 134 000 hommes, pour revenir à un million. Le nombre d'officiers serait divisé par deux (de 355 000 aujourd'hui à 150 000 en 2012). La réforme suscite de grosses inquiétudes dans les rangs, que Medvedev cherche à calmer en rappellant l'importance de l'armée et en lui promettant de nouveaux équipements.

«Dans son discours, Medvedev a surtout souligné la nécessité de rééquiper l'armée, relève Ivan Konovalov, expert militaire du journal Kommersant, qui a assisté hier à ce raout d'épaulettes. Il a soulevé un vrai problème: 10 % seulement des équipements de l'armée russe sont modernes.»

Pilier du régime

La réforme en cours indispose jusqu'aux plus hauts généraux, souligne aussi Evgueni Volk, de la Fondation Heritage. «Et l'armée est un pilier central du régime, qui ne peut pas trop compter sur la loyauté de la population, poursuit cet expert. Pour cela, Medvedev doit à tout prix apaiser les militaires.»

Quant aux menaces que ces tirades font peser sur les

relations internationales, Evgueni Volk relativise: «La guerre froide n'a jamais vraiment cessé. Une autre question est de savoir si la Russie a vraiment les moyens aujourd'hui de la poursuivre.»

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