Ravalomanana cède le pouvoir à l'armée, qui le remet à «TGV»

Un moment de répit dans l’enceinte du palais présidentiel à Antananarivo
Photo: Agence Reuters Un moment de répit dans l’enceinte du palais présidentiel à Antananarivo

En démissionnant hier, contraint et forcé, le président Marc Ravalomanana avait décidé, en guide d'adieu, de conférer le pouvoir à un «directoire militaire» dirigé par un haut gradé, le vice-amiral Hippolyte Rarison Ramaroson, considéré comme l'un de ses proches. Cet ultime pied de nez, qui a suscité la confusion durant plusieurs heures à Antananarivo, a fait long feu. Dans la soirée, ledit «directoire» a transmis par ordonnance les «pleins pouvoirs» à l'opposant Andry Rajoelina. À 34 ans, cet ancien disc-jockey qui a fait fortune dans l'affichage publicitaire, avant de se lancer en politique, mérite plus que jamais son surnom de «TGV».

Élu maire de la capitale malgache, en 2007, à la surprise générale, il est devenu en quelques mois le chef de file d'une opposition jusque-là atone. Le voilà désormais paré du costume de nouvel homme fort de la Grande-Ile, au terme de trois mois de crise. Malgré ses tergiversations durant le bras de fer avec l'expérimenté Marc Ravalomanana, Andry «TGV» a réussi son pari: déloger le chef de l'Etat du pouvoir.

L'ironie est cruelle pour le président déchu. Cet autodidacte qui avait fait fortune dans l'agro-alimentaire (Libération d'hier) s'était lui-même emparé du pouvoir en 2002, grâce au soutien déterminant de la population, à l'issue d'une épreuve de force de six mois de avec son prédécesseur, Didier Ratsiraka. Pourtant réélu démocratiquement en 2006, l'homme d'affaires, qui confondait ses intérêts personnels avec ceux du pays, a déçu, avant d'excéder une frange de plus en plus importante de la population par son incapacité à sortir le pays d'une pauvreté endémique.

Andry Rajoelina a su surfer sur ce mécontentement grandissant. Mais certains observateurs s'inquiètent de la répétition de l'histoire à Madagascar. «La majorité des Malgaches ne souhaitait pas forcément l'arrivée au pouvoir d'une sorte de clone de Ravalomanana», assure un bon connaisseur du pays. La jeune garde de l'armée en a décidé autrement.

Le rôle de l'armée

C'est peut-être là le véritable tournant de cette crise sur une île qui en a connu bien d'autres depuis son indépendance. Traditionnellement légaliste, l'armée, du moins une partie d'entre elle est, cette fois, sortie de sa réserve. Bousculant des généraux désireux de ne pas s'immiscer dans le jeu politique, une jeune garde d'officiers a pris fait et cause pour Andry Rajoelina. La haute hiérarchie a dû s'incliner. «Les militaires redoutent plus que tout le spectre de la division qui pourrait faire courir le risque d'une guerre civile entre les côtiers et les [communautés issues des] hauts plateaux»,décrypte Francis Soler, de la Lettre de l'Océan indien.

Les événements d'hier à Antananarivo ont illustré la prise de pouvoir des jeunes officiers sur les anciens. En effet, la mise en place du «directoire militaire» avait, semble-t-il, été avalisée par les seconds afin d'obtenir la démission de Ravalomanana. Mais lorsque l'ordonnance signée par le président déchu a été annoncée lors d'une réunion rassemblant des hauts gradés de

l'armée, des représentants de

l'Église et des diplomates, Andry «TGV», furieux, a quitté en trombe la salle, tandis que ses alliés militaires prenaient à parti leurs aînés et les diplomates présents. Pas question d'exécuter le

«testament» du chef de l'Etat

démissionnaire.

Dans la plus grande confusion, les militaires se sont alors rassemblés dans un camp de la capitale pour une réunion orageuse à huis clos. Et, pour mieux prouver leur détermination et leur volonté d'aller jusqu'au bout, les jeunes officiers ont embarqué avec eux certains diplomates ainsi qu'un pasteur. Quelques heures plus tard, le verdict tombait: les anciens avaient cédé aux exigences de leurs cadets.

Sans doute, une fois de plus, pour éviter au pays un risque de guerre civile.

À voir en vidéo