Une explosion fait quatre morts à Rawalpindi - Islamabad dit avoir déjoué un attentat contre la marche des avocats

Des avocats pakistanais ont célébré hier le retour en poste du juge en chef, Iftikhar Chaudhry.
Photo: Agence Reuters Des avocats pakistanais ont célébré hier le retour en poste du juge en chef, Iftikhar Chaudhry.

Les juges pakistanais démis de leurs fonctions par le pouvoir militaire en 2007 seront réintégrés. Cette décision, qui met fin à la contestation du milieu judiciaire, a été saluée comme une avancée pour la démocratie et l'État de droit. Mais le Pakistan demeure aux prises avec l'extrémisme et la violence politiques.

Un attentat suicide a fait au moins neuf morts hier à Rawalpindi, près de la capitale, Islamabad, alors que l'on venait de résoudre une crise politico-judiciaire qui risquait de plonger le Pakistan dans le chaos.

Le premier ministre pakistanais, Yousouf Raza Gilani, avait en effet annoncé dimanche soir le retour dans ses fonctions de l'ancien juge en chef de la Cour suprême, Muhammad Iftikhar Chaudhry, réclamé depuis des semaines par les avocats et les étudiants en droit, auxquels s'étaient joints les partisans de l'ancien premier ministre Nawaz Sharif.

Dimanche, ce dernier avait dû défier un ordre d'assignation à résidence pour se joindre à un mouvement baptisé «la longue marche», qui devait converger vers Islamabad pendant les prochains jours.

L'attentat d'hier, qui a fait également une quinzaine de blessés, est survenu près d'une gare d'autobus à Rawalpindi, à quelques kilomètres au sud de la capitale. Il aurait été commis par un homme circulant à moto devant un restaurant, selon le chef de la police locale.

Le ministre de l'Intérieur suppléant, Rehman Malik, a de son côté affirmé qu'une attaque se préparait contre les manifestations qui avaient été prévues pour la journée d'hier à Rawalpindi et Islamabad, mais annulées in extremis en raison de la décision gouvernementale de rétablir le juge Chaudhry dans ses fonctions.

Pour le ministre, les responsables de l'attentat visaient à «déstabiliser le Pakistan». C'est justement la perspective du chaos s'installant dans un pays doté de l'arme nucléaire que craignent au plus haut point de nombreux pays étrangers, dont l'Inde voisine, mais aussi les États occidentaux, comme les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni, qui sont engagés en Afghanistan dans le combat contre les talibans.

Le Pakistan est actuellement en proie à une rébellion menée par des islamistes, que l'on désigne souvent par le terme «talibans», dans les régions tribales situées le long de la frontière avec l'Afghanistan. Le Pakistan est également frappé par une vague d'attentats, qui ont fait plus de 1600 morts, depuis que l'armée a donné l'assaut à la Mosquée rouge d'Islamabad en juillet 2007.

Le Département d'État américain a félicité hier le gouvernement pakistanais d'avoir pris une décision lui permettant selon lui d'éviter le pire. Un porte-parole de la Secrétaire d'État Hillary Clinton a indiqué que cette dernière avait téléphoné en fin de semaine pour faire pression sur les dirigeants pakistanais.

Limogé par le régime militaire du général Pervez Moucharraf en 2007, en même temps que plusieurs autres magistrats, le juge Chaudhry était devenu une figure emblématique de l'indépendance judiciaire au Pakistan. Sa réintégration, à compter de samedi prochain, a été annoncée par le premier ministre Gilani après une réunion nocturne qu'il a eue dans la nuit de dimanche à hier avec le président Asif Ali Zardari (veuf de Benazir Bhutto) et le chef d'état-major de l'armée.

M. Gilani a annoncé en même temps la libération des opposants arrêtés ces derniers jours et le rétablissement de la liberté de manifester. Quelques heures plus tard, alors que les célébrations se multipliaient dans le pays, le juge Chaudhry est apparu en public à Islamabad.

Depuis des mois, les avocats pakistanais et plusieurs secteurs de la société civile et de l'opposition politique réclamaient son retour à la direction du plus haut tribunal, accusant le président Zardari de revenir sur une promesse faite à cet effet.

La contestation s'était amplifiée depuis l'exclusion de la vie publique de Nawaz Sharif, chef d'une importante formation politique, par la Cour suprême le 25 février. Le gouvernement a vainement tenté d'étouffer le mouvement en arrêtant plus d'un millier d'opposants et en faisant dresser des barrages de police sur le trajet de la «longue marche» prévue entre Lahore et Islamabad. Les protestataires, comme le soulignait hier le Christian Science Monitor, ont largement utilisé les messages texte et les sites de socialisation sur Internet pour déjouer cette stratégie.

Avec l'Agence France-Presse

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