Le spectaculaire retour de Nawaz Sharif

Nawaz Sharif est devenu un opposant bien encombrant pour le régime en place.
Photo: Agence France-Presse (photo) Nawaz Sharif est devenu un opposant bien encombrant pour le régime en place.

Lahore, Pakistan — Nawaz Sharif, ex-premier ministre du Pakistan assigné à résidence hier, est devenu un opposant encombrant pour le président Asif Ali Zardari, après un retour en politique spectaculaire qui l'a conduit à prendre la tête d'une fronde contre le chef de l'État.

Richissime industriel de la province du Pendjab, le coeur de la vie politique du Pakistan, premier ministre à deux reprises dans les années 90, Nawaz Sharif, 59 ans, a été exclu le 25 février de la vie politique sur décision de la Cour suprême, rattrapé par un passé judiciaire chargé.

Chassé du pouvoir en 1999 par le putsch du général Pervez Moucharraf, après des années entachées par des scandales de corruption, il avait ensuite passé sept années en exil, en Arabie saoudite et à Londres.

Il rentre au Pakistan en novembre 2007, à l'approche des élections qui verront en février 2008 la victoire du Parti du peuple pakistanais (PPP) de Benazir Bhutto, sa grande rivale des années 90, épouse d'Asif Ali Zardari, assassinée à quelques semaines du scrutin.

Après les élections, une alliance de circonstance est nouée entre son parti, la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) et le PPP. Mais après l'échec d'un éphémère gouvernement de coalition, il entre en opposition, discrètement d'abord, puis avec fracas depuis le récent verdict de la Cour suprême.

Sa cible: Asif Ali Zardari, qu'il accuse de «mener le pays au chaos» et de trahison pour ne pas avoir tenu sa promesse de rétablir dans leurs fonctions des juges destitués sous le régime militaire.

La crise des dernières semaines a d'ailleurs fait ressurgir les vieilles luttes entre les clans Sharif et Bhutto, qui ont émaillé la vie politique du Pakistan dans les années 1990, lorsque Nawaz Sharif et Benazir Bhutto étaient premiers ministres en alternance.

Né le 25 décembre 1949, celui qui se présentait à son retour d'exil comme le dernier rempart contre «la dictature» du général Musharraf avait justement débuté sa vie politique, en 1981, dans l'ombre du général Zia Ul Haq, qui dirigea le Pakistan d'une main de fer de 1977 à 1988.

Musulman pratiquant, ancien étudiant en droit et homme d'affaires possédant des intérêts notamment dans l'acier et le sucre, Nawaz Sharif a occupé les fonctions de secrétaire général de la Ligue musulmane du Pakistan (PML), le parti historique qui a arraché la création du Pakistan au moment de la partition de l'Empire britannique des Indes en 1947.

De 1988 à 1990, il dirige le gouvernement du Pendjab, avant de devenir en 1990 Premier ministre à la place de Benazir Bhutto, déjà éclaboussée par des scandales financiers. Trois ans plus tard, son gouvernement conservateur cède à nouveau la place à celui de Mme Bhutto, à l'issue d'élections anticipées organisées sous la pression de l'armée.

Il reviendra au pouvoir en 1997 pour un second mandat, durant lequel ses ennemis l'accusent d'avoir tenté d'instaurer un pouvoir autocratique tandis que le Pakistan s'enfonçait dans la crise économique. C'est pendant ce mandat qu'il songe à introduire la charia, la loi islamique, suscitant l'inquiétude des alliés occidentaux.

En 1998, il nomme à la tête des armées le général Moucharraf, avec qui les rapports se dégradent rapidement. Il tente alors de l'évincer. La manoeuvre échoue et Pervez Moucharraf s'empare du pouvoir le 12 octobre 1999. Condamné à la prison à vie pour détournement de fonds, fraude fiscale et trahison, Nawaz Sharif est remis en liberté en décembre 2000 après avoir conclu un accord avec le général Moucharraf prévoyant son exil en Arabie saoudite.

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