Un homme a été tué par balle - La situation dégénère en Guadeloupe

Les Martiniquais, eux aussi en grève, ont tenu à manifester hier leur solidarité au syndicaliste décédé à Pointe-à-Pitre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les Martiniquais, eux aussi en grève, ont tenu à manifester hier leur solidarité au syndicaliste décédé à Pointe-à-Pitre.

La tension a encore monté d'un cran dans les Antilles françaises, avec le décès d'un syndicaliste à Pointe-à-Pitre où Paris a dépêché des gendarmes en renfort. Le président Sarkozy rencontrera aujourd'hui des élus des îles.

Pointe-à-Pitre — Un homme a été tué par balle dans la nuit de mardi à hier en Guadeloupe, où la grève générale entamée il y a un mois dégénère en émeutes, malgré les appels au calme du gouvernement et des syndicats.

La victime, un syndicaliste d'une cinquantaine d'années qui revenait d'un piquet de grève, n'a pas été atteinte par une balle perdue, a affirmé le procureur de Pointe-à-Pitre, Jean-Michel Prêtre. Il a exclu un tir des forces de l'ordre.

Le procureur n'a pas exclu l'hypothèse selon laquelle, compte tenu de leur âge, la victime et son passager auraient pu être confondus avec des policiers circulant en voiture banalisée par les bandes de jeunes qui tenaient les barricades dans un quartier sensible de Pointe-à-Pitre.

Il s'agit du premier mort du conflit social qui paralyse l'île antillaise depuis le 20 janvier et qui s'aggrave de jour en jour.

Des renforts

La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a annoncé à Paris l'envoi de quatre escadrons de gendarmes mobiles, soit 300 hommes, à l'issue d'une réunion au ministère consacrée à la sécurité publique aux Antilles.

Selon les autorités, plusieurs coups de feu ont été tirés au cours de la nuit par des manifestants, blessant légèrement six membres des forces de l'ordre.

Des magasins ont été pillés à Pointe-à-Pitre, principale agglomération de l'île, et dans d'autres localités, et des barrages érigés dans les rues désertées par les habitants.

Trois policiers ont été légèrement blessés par des tirs d'armes à feu dans une cité de Pointe-à-Pitre alors qu'ils accompagnaient des pompiers venus porter secours au syndicaliste atteint par balle.

À Baie-Mahault, des jeunes ont tiré à balles réelles en direction des forces de l'ordre et trois gendarmes ont été légèrement blessés.

Le Collectif contre l'exploitation (LKP), fer de lance de la grève générale, a appelé au calme. Le LKP, qui réclame une hausse de 200 euros des bas salaires, accuse le gouvernement d'être revenu sur un engagement à compenser, par des baisses de charges, cette augmentation salariale.

La grève a cristallisé un profond malaise économique et social dans l'île, mais aussi des tensions entre la minorité blanche et la population noire, sur un fond historique marqué par l'esclavage.

Sarkozy reçoit

Le président Nicolas Sarkozy, longtemps resté silencieux, doit recevoir aujourd'hui à Paris des élus de Guadeloupe et de Martinique.

Une partie des élus guadeloupéens ont déclaré qu'ils comptaient bien être entendus par le chef de l'État français. «Je ferai mon possible pour être présente demain à la réunion», a dit hier Gabrielle Louis-Carabin, députée UMP de l'île, qui tentait de prendre l'avion pour la métropole malgré les barrages routiers, expliquant qu'elle souhaitait avant tout évoquer avec le président l'avenir de la Guadeloupe après cette crise.

Victorin Lurel, président PS du conseil régional de la Guadeloupe, a fait savoir qu'il allait demander à M. Sarkozy la «mise en application du pré-accord intervenu entre toutes les parties au conflit le 8 février dernier».

Le conflit en Guadeloupe et en Martinique, l'autre île française touchée par la grève depuis le 5 février, a pour première cause le coûtde la vie, alors que le taux de chômage y est le plus élevé de l'Union européenne et le PIB par tête deux fois inférieur à la métropole.