Tension toujours vive en Guadeloupe après une nuit de violences

Une manifestation s’est déroulée hier devant les locaux du LKP à Pointe-à-Pitre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Une manifestation s’est déroulée hier devant les locaux du LKP à Pointe-à-Pitre.

Le climat était toujours tendu hier en Guadeloupe, au lendemain d'une nuit de violences dans cette île française des Antilles paralysée depuis quatre semaines par une grève générale que les dirigeants du mouvement ont appelé à renforcer.

Pointe-à-Pitre — Pointe-à-Pitre présentait un visage de dévastation hieraprès des pillages et des incendies de magasins qui font craindre un embrasement du conflit paralysant la Guadeloupe depuis un mois. Accusé par la gauche d'avoir laissé s'envenimer la crise, le gouvernement a affirmé que les discussions se poursuivaient «en coulisses», dans l'attente d'une rencontre demain entre Nicolas Sarkozy et des élus d'outre-mer.

Les Guadeloupéens, privés d'électricité par intermittence, ont vécu dans la nuit de lundi à hier des scènes d'émeutes inédites depuis le début de la grève générale, le 20 janvier: barrages routiers en feu à Pointe-à-Pitre, la principale ville de l'île, devantures de boutiques éventrées, échauffourées entre groupes de jeunes et police, pompiers caillassés.

Plusieurs routes étaient coupées par des barrages dont un grand nombre étaient improvisés par des riverains, répondant ainsi à l'appel du Collectif contre l'exploitation (LKP) au renforcement de la mobilisation.

À Pointe-à-Pitre, des troncs d'arbre et des carcasses de voitures fumantes jonchaient hier les rues de la capitale économique de la Guadeloupe, malgré la présence des forces de l'ordre. La commune des Abymes, près de Pointe-à-Pitre, et celle de Sainte-Rose, dans le nord-ouest de l'île, ont vécu des scènes similaires. L'aéroport de Pointe-à-Pitre, un moment fermé faute de personnels, a rouvert en milieu de journée.

Ces événements sont survenus en marge de la mobilisation du collectif contre la vie chère et les surprofits (LKP), dont les militants ont érigé hier matin de nouveaux barrages au lendemain de l'arrestation musclée dizaines de manifestants.

Des engagements

La députée guadeloupéenne Jeannie Marc attend de Nicolas Sarkozy des engagements fermes sur la mise en oeuvre du plan gouvernemental pour la Guadeloupe. L'élue apparentée PS estime que le gouvernement n'aurait pas dû faire évacuer les premiers barrages dans l'île, assez habituels lors de conflits aux Antilles, et porte une responsabilité dans l'aggravation des tensions.

«Les forces de l'ordre sont intervenues trop tôt, il n'y avait pas réellement de menaces, pas d'armes. Aujourd'hui, c'est la rue qui parle, il y a des éléments qui ne sont pas toujours contrôlés et ça peut déboucher sur le pire», s'inquiète-t-elle.

Jeannie Marc rappelle les événements de mai 1967, «mé 67» en créole, qui avaient vu l'armée réprimer une manifestation d'ouvriers, faisant 100 morts, après un problème de salaires dans le bâtiment et des incidents racistes.

Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il rencontrerait demain les élus d'outre-mer à l'Élysée et François Fillon a annoncé de nouvelles propositions sous peu, mais Victorin Lurel a dit craindre une opération de communication.

Avant ce regain de tension, des appels au calme avaient été lancés par de nombreux élus à la suite des arrestations musclées de manifestants LKP par les forces de l'ordre.

Une cinquantaine de personnes ont été interpellées pour suspicion d'entrave à la circulation, avant d'être pour la plupart relâchées dans l'après-midi, sous la pression de la foule amassée devant le commissariat de Pointe-à-Pitre. Dix d'entre elles seront toutefois convoquées devant la justice au mois de juin.
2 commentaires
  • Carlo Boncy - Abonné 18 février 2009 08 h 00

    La secte des békés

    Le président Sarkozy aurait fait vite de sévir contre cette secte d'apparat que représentent les békés de la Guadeloupe

    Carlo Boncy
    Kboncy@gmail.com
    Montréal

  • Godilhaire - Inscrit 18 février 2009 08 h 00

    Situation coloniale

    Ce qui est étonnant, c'est que cette situation coloniale n'intéresse guère les français du Canada, seulement maintenant ?
    Or, cette situation coloniale française est à décliner sur plusieurs endroits de pouvoir français dans le monde et sur le continent européen aussi ...
    Mais il n'y a pas plus aveugle qu'un homme qui ne veut pas voir, la francophone aveugle à propos du pouvoir parisien, pouvoir qui ne vaut pas mieux qu'un pouvoir anglais au Canada français.