Pékin craindrait de nouveaux troubles - Grande rafle au Tibet

Des Tibétains ont manifesté hier, à Davos à l’occasion de la visite du premier ministre chinois.
Photo: Agence Reuters Des Tibétains ont manifesté hier, à Davos à l’occasion de la visite du premier ministre chinois.

La campagne s'intitule «Frapper fort» et vise à créer «un bon environnement social» au Tibet, entre le Nouvel An chinois, célébré lundi, et le tibétain qui doit l'être le 25 février. Depuis le 18 janvier, ces «sévères aménagements hivernaux», selon la presse officielle de Lhassa, ont lancé plus de 200 policiers ont ratissé jour et nuit dans bars, hôtels et appartements, 8424 personnes ont été interrogées et 81 arrêtées. Les suspects sont accusés de vol, de prostitution ou de détenir des faux papiers, mais pas seulement.

Deux personnes ont notamment été arrêtées pour avoir téléchargé de la «musique réactionnaire» ou tenu des «propos réactionnaires» sur leurs téléphones portables. En décembre, 59 personnes avaient déjà été arrêtées au Tibet, dont certaines pour ce même motif. Selon les organisations protibétaines, ces arrestations s'ajoutent à des centaines d'autres, perpétrées depuis les émeutes de mars dernier. Des manifestations pacifiques avaient dégénéré au Tibet, et la répression avait fait près de 200 morts et 1000 blessés, selon les exilés. Pékin avait reconnu 21 morts, tous du côté des forces de l'ordre.

Pour les organisations protibétaines, la campagne «Frapper fort» n'a rien d'un simple contrôle de routine à l'approche des festivités du Nouvel An. Pékin, très nerveux à l'approche du 50e anniversaire du soulèvement tibétain de mars 1959, intensifierait la répression dans toute la région déjà sous contrôle accru depuis le printemps dernier. Selon International Campaign for Tibet (ITC), «les autorités ont peur de nouveaux troubles» et la campagne a pour but «d'intimider les Tibétains».

La semaine dernière, Pékin a décidé de faire du 28 mars, anniversaire de l'écrasement de la rébellion tibétaine de 1959, une «journée de l'émancipation des serfs». Pour les autorités, le Parti communiste chinois (PCC) a libéré 90 % de la population tibétaine du régime féodal du dalaï-lama en 1959. Depuis, toute contestation de cette version, y compris des revendications culturelles ou religieuses, est considérée comme une subversion au pouvoir de l'État.

Le pouvoir chinois , qui devra également affronter en juin le 20e anniversaire des événements de Tiananmen, a récemment durci son contrôle, notamment sur la liberté d'expression: 1500 sites Internet ont été bloqués depuis début janvier, sous couvert d'une «campagne morale de lutte contre la pornographie et les vulgarités».

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