Madagascar - La Grande Île s'enflamme

Après une journée d'émeutes, marquée par de nombreux pillages, un calme précaire est revenu, hier, à Antananarivo, la capitale de Madagascar. Selon les autorités, les heurts de la veille entre les partisans du jeune maire, Andry Rajoelina, et les forces du président Marc Ravalomanana ont fait au moins deux morts parmi les manifestants. Les troubles ont également secoué les principales localités où les magasins Magro, appartenant au groupe agroalimentaire du chef de l'État, ont été systématiquement pillés. Sur la défensive, le président malgache a lancé hier un appel à «l'unité nationale et au dialogue».

La Grande île n'avait pas connu de troubles aussi graves depuis 2002, lorsque le président sortant, Didier Ratsiraka, très proche de Paris, refusait de reconnaître la victoire à la présidentielle du maire de «Tana», Marc Ravalomanana. La crise avait duré plusieurs mois, avant que Ratsiraka ne parte en exil en France. À l'époque, «Ravalo» avait bénéficié du soutien d'une population aspirant massivement au changement.

Sept ans plus tard, la rue se retourne contre lui. Le tycoon au visage juvénil, qui a bâti sa fortune dans l'agroalimentaire, a profondément déçu, malgré sa réélection en 2006. Les Malgaches, dont les trois-quarts vivent sous le seuil de pauvreté, lui reprochent de ne pas avoir tenu ses promesses d'enrichir les pauvres. Très attachée à sa terre, la population a aussi été très choquée d'apprendre que le chef de l'État projetait de louer à la firme coréenne Daewoo 1,3 million d'hectares de champs cultivables. Et d'acheter un Boeing pour ses déplacements au prix modique de 70 millions $US.

Durant des années, «Ravalo» a pu compter sur l'absence d'opposant d'envergure. Mais, fin 2007, à la surprise générale, un quasi-inconnu, Andry Rajoelina, 34 ans, a ravi la mairie d'Antananarivo, avec 63 % des voix, face au candidat du pouvoir. Surnommé «Andry TGV» pour son côté fonceur, il n'est pas sans rappeler l'actuel président. D'origine modeste, cet ancien DJ a fait fortune en montant une entreprise d'affichage publicitaire. Puis il a investi dans les médias qui dénoncent sans relâche la dérive autoritaire et la corruption du pouvoir.

De quoi inquiéter un chef de l'État qui s'était lui-même servi de son élection à la mairie de «Tana», en 1999, comme d'un tremplin pour accéder trois ans plus tard à la présidence. Larvé, le conflit entre ces deux frères jumeaux, et désormais ennemis, a éclaté en décembre après la fermeture, manu militari, de la chaîne de télé d'Andry-TGV. Celle-ci venait de diffuser un entretien avec l'ex-président Ratsiraka.

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