Après les banques, le gouvernement - Rien ne va plus en Islande

Depuis vendredi, une bonne partie de la population manifestait son mécontentement.
Photo: Agence Reuters Depuis vendredi, une bonne partie de la population manifestait son mécontentement.

Reykjavik — Le premier ministre islandais, Geir Haarde, a démissionné hier à la suite de la dislocation de sa coalition avec les sociaux-démocrates, emportée par la crise économique.

L'Islande, qui était encore classée en 2007 parmi les pays les plus riches de la planète, a été frappée de plein fouet par la crise financière en octobre dernier, provoquant l'effondrement de son système bancaire et la chute de sa devise, la couronne.

«Je regrette vraiment que nous ne puissions maintenir cette coalition. Je crois que cela aurait été le meilleur résultat», a dit le chef du gouvernement.

La ministre sociale-démocrate des Affaires étrangères, Ingibjorg Gisladottir, citée le plus souvent comme premier ministrable, a fait savoir qu'elle n'était pas candidate pour le poste et qu'elle allait prendre un congé d'un mois ou deux. Elle souffre d'une tumeur au cerveau.

Elle a suggéré que sa collègue des Affaires sociales, Johanna Sigurdardottir, également sociale-démocrate, soit nommée chef du gouvernement.

Impatience

Vendredi, Geir Haarde, chef de file du Parti de l'indépendance, avait proposé la tenue d'élections anticipées le 9 mai prochain. Mais il est peu probable que l'opinion publique, excédée par l'effondrement de l'économie nationale, soit disposée à attendre le printemps pour se prononcer dans les urnes.

Les manifestations en plein hiver nordique n'ont pas cessé depuis l'annonce de la faillite des principales banques du pays, particulièrement exposées aux «subprimes» et au blocage du marché du crédit.

Des milliers de manifestants avaient réclamé samedi devant l'Althing, le Parlement national, la démission immédiate du gouvernement et exigé des élections.

Les derniers sondages montrent un profond rejet de la coalition au pouvoir et une montée en puissance de l'alliance entre les Verts et la gauche.

«Il est clair que la gauche fera un très bon score aux élections. Le verdict du peuple islandais, c'est qu'il veut voir le gouvernement actuel écarté du pouvoir», estime Lars Christensen, responsable des marchés émergents à la Danske Bank.

Pour continuer à faire équipe avec la droite, les sociaux-démocrates auraient demandé d'amender la constitution pour autoriser l'ouverture de négociations d'adhésion avec l'Union européenne avant les prochaines élections.

La couronne s'est effondrée, entraînant une inflation à deux chiffres dans un pays qui importe une très large partie de ses biens de consommation; son système financier a implosé; le chômage devrait atteindre 7,8 % cette année et poursuivre sa progression l'année prochaine.

Pour éviter la banqueroute, ce petit pays de 320 000 habitants a dû négocier un plan d'aide de 10 milliards de dollars conçu par le Fonds monétaire international et suspendre les transactions sur sa devise.

La manifestation de samedi s'est déroulée dans le calme. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un précédent rassemblement avait mal tourné et les forces de l'ordre avaient dû recourir à des gaz lacrymogènes contre la foule pour la première fois depuis 1949.

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