Gaza: les organisations humanitaires sonnent l'alarme

Tandis que le front politique s'activait hier pour tenter de faire cesser les violences à Gaza, le temps d'essayer pour une énième fois de trouver une sortie de crise, plusieurs organisations humanitaires ont sonné l'alarme sur la situation on ne peut plus précaire dans laquelle survivent les Palestiniens qui habitent sur ce territoire, situation devenue tout simplement impossible depuis le début des frappes israéliennes samedi dernier.

«Les récentes frappes ont provoqué des dommages importants à l'infrastructure civile, de nombreuses régions étant maintenant privées d'eau, d'électricité et de services d'assainissement», a expliqué le directeur national de Vision Mondiale à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, Charles Clayton.

Résultat: les gens peuvent se compter chanceux s'ils sont alimentés en électricité six heures par jour et si les systèmes de distribution d'eau et d'assainissement sont ne serait-ce que partiellement fonctionnels. Les bombardements ont en effet détruit des infrastructures de distribution d'eau qui desservent au moins 20 000 personnes et maisons privées de Gaza ainsi que des camps de réfugiés.

Joint par Le Devoir à Gaza, le responsable terrain de CARE International, Mamduh Mourtaga, a d'ailleurs dit craindre de plus en plus l'éclosion d'épidémies, notamment de choléra, en raison de l'effondrement généralisé des services d'hygiène de base.

L'afflux massif des blessés a également complètement submergé les services de santé, qui manquaient déjà cruellement de matériel chirurgical en raison du blocus israélien, instauré il y a 18 mois, contre l'importation de biens, y compris du matériel humanitaire. Les médicaments font eux aussi défaut. Pourtant, selon ce qu'a pu constater M. Mourtaga, les hôpitaux débordent littéralement de blessés, certains dans un état critique. Les blocs opératoires ne peuvent cependant fonctionner que quelques heures par jour, en raison des pénuries d'électricité. «Les génératrices ne suffisent pas à la tâche, quand elles ne tombent pas en panne sèche», a-t-il précisé.

Qui plus est, en raison de l'état d'alerte permanent, M. Mourtaga a souligné que les habitants de Gaza sont pour ainsi dire «prisonniers» de leurs maisons. «On ne peut pas sortir de chez soi. Je suis sorti 20 minutes à peine aujourd'hui. Les gens préfèrent demeurer chez eux, loin des fenêtres, parce que les avions israéliens larguent des bombes qui font beaucoup de dégâts.»

«Gaza a déjà vécu ce genre de situation, mais cette fois-ci, l'intensité et la puissance des frappes est beaucoup plus importante», a-t-il jugé, avant d'être interrompu par le bruit d'explosions survenues non loin de son domicile. Des explosions qui auraient été provoquées par des frappes aériennes. Selon lui, les avions de l'armée et les navires militaires bombardent le secteur «24 heures par jour».

Ceux qui s'aventurent à l'extérieur se heurtent le plus souvent aux portes de magasins fermés. Les boulangeries, par exemple, sont pour la plupart closes. Il y a effectivement pénurie de blé et de farine. «Les livraisons de combustible à Gaza sont depuis plusieurs mois irrégulières et ne suffisent pas à répondre aux besoins», a ajouté Mamduh Mourtaga.

Selon lui, la destruction des tunnels qui passaient sous la frontière avec l'Égypte n'a fait qu'aggraver la situation, ceux-ci étant utilisés pour faire entrer des denrées et du matériel à Gaza. Israël estime plutôt qu'ils constituaient un point de passage pour des terroristes et des roquettes.

Malgré les difficultés sur le terrain, Médecins sans frontières a commencé à acheminer de l'aide d'urgence en territoire palestinien. Hier, deux équipes ont commencé à prendre en charge des blessés, et un premier camion de matériel médical et de médicaments a pu rentrer dans la bande de Gaza.

CARE International a pour sa part entrepris de fournir des médicaments et de l'équipement médical aux hôpitaux. Néanmoins, l'agence a prévenu que les ressources de secours — qui proviennent de stocks limités entreposés à Gaza — seront bientôt épuisées. Elle cherche donc des moyens de faire livrer rapidement des approvisionnements de l'extérieur.

D'où le message lancé au Hamas, mais aussi à Tsahal, par la directrice nationale de CARE International à Gaza et en Cisjordanie, Martha Myers: «Cessez les combats et donnez le plein accès aux agences humanitaires non partisanes pour aider ces gens.»

«Quelle que soit la cause du conflit, nous demandons un arrêt complet des actes de violence et la protection des civils, particulièrement des enfants, a pour sa part déclaré Allyn Dhynes, porte-parole de Vision Mondiale à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Nous condamnons fermement les attaques à la roquette perpétrées par le Hamas à l'endroit des civils israéliens, mais nous ne pouvons justifier cette action militaire démesurée des Israéliens qui tue et blesse de nombreux civils innocents.»

Le message des ONG a d'ailleurs été relayé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a elle aussi demandé «un arrêt immédiat des hostilités dans la bande de Gaza» et réclamé une levée du blocus par Israël pour permettre «l'approvisionnement immédiat» en carburant et en matériel médical.

«L'incapacité des hôpitaux à affronter un problème de cette ampleur se traduira, si la situation perdure, par une forte augmentation du nombre des décès évitables, des suites de complications liées aux blessures», a averti l'OMS. «Ce sont les civils qui paient le prix du blocus prolongé. La première priorité doit être de remédier sans délai à la pénurie de médicaments essentiels permettant de sauver des vies. L'escalade actuelle de la violence ne fait qu'aggraver la situation sanitaire et fragilise les civils pris au piège dans ce conflit», déplore l'organisation.

L'OMS a indiqué avoir envoyé à destination du Territoire palestinien des kits médicaux destinés notamment à permettre des interventions chirurgicales.

De son côté, le Comité international de la Croix-Rouge a affrété un avion qui devait décoller hier après-midi de l'aéroport de Genève avec dix tonnes de matériel médical, de quoi porter secours à 500 blessés dans le Territoire palestinien, a indiqué l'organisation humanitaire dans un communiqué.

Les États-Unis ont annoncé quant à eux le versement en 2009 de 85 millions de dollars pour venir en aide aux réfugiés palestiniens, notamment à ceux se trouvant dans la bande de Gaza.

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Avec l'Agence France-Presse

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