Offensive pour dégager la route du Khyber

Des membres des forces paramilitaires pakistanaises ont pris position dans la région du col du Khyber.
Photo: Des membres des forces paramilitaires pakistanaises ont pris position dans la région du col du Khyber.

Peshawar — Le Pakistan a lancé hier une vaste opération contre les rebelles du nord-ouest, frontalier de l'Afghanistan, pour mettre fin aux incessantes attaques contre les convois de ravitaillement des forces étrangères déployées chez le voisin afghan.

L'offensive de l'armée pakistanaise, soutenue par des chars et des hélicoptères, a été lancée à l'aube dans la passe de Khyber, qui relie le Pakistan à l'Afghanistan, a annoncé Tariq Hayat, l'administrateur de la région.

Elle a provoqué la fermeture provisoire de la route d'approvisionnement des forces de l'OTAN et de l'armée américaine en Afghanistan, et donc la suspension temporaire de leurs livraisons, a précisé M. Hayat.

La route devrait rester fermée «trois ou quatre jours», a indiqué un porte-parole de la force de l'OTAN en Afghanistan (Isaf), le capitaine britannique Mark Windsor, en ajoutant que sa fermeture n'avait eu jusqu'ici «aucun impact sur l'approvisionnement» de la force.

La route relie Peshawar, la grande ville du nord-ouest du Pakistan, à Torkham, dernière ville avant l'Afghanistan, à travers la légendaire passe de Khyber qui sillonne les reliefs escarpés de l'Hindou-Kouch.

Celle-ci est située au coeur des zones tribales pakistanaises, repaire des groupes de talibans et combattants du réseau al-Qaïda qui ont fui l'Afghanistan après le renversement du régime taliban à la fin 2001.

«Nous avons lancé une opération contre les insurgés et les groupes armés à Jamrud», la porte d'accès à la passe de Khyber, pour mettre fin aux attaques contre les convois d'approvisionnement de l'OTAN, a annoncé dans la matinée à la presse Tariq Hayat, l'administrateur de la région.

L'opération vise également à mettre fin aux kidnappings contre rançon, a-t-il ajouté.

Islamabad a ainsi réagi aux multiples et spectaculaires attaques lancées ces dernières semaines par les rebelles talibans, qui s'en sont pris à des dépôts de carburant destiné au ravitaillement des forces américaines et de l'OTAN déployées en Afghanistan, et ont détruit plusieurs centaines de véhicules.

Solutions de rechange

Un responsable militaire américain a indiqué sous couvert de l'anonymat que les forces de l'OTAN et l'armée américaine cherchaient des routes alternatives d'approvisionnement à celle de la passe de Khyber.

Les solutions à l'étude «impliquent d'autres pays frontaliers au nord» de l'Afghanistan, a-t-il souligné, sans autre précision. Les

pays frontaliers au nord sont l'Ouzbékistan, le Turkménistan et le Tadjikistan.

Ce passage en revue des autres voies possibles «n'est pas seulement dû aux attaques mais aussi au fait que nous nous préparons à une augmentation des troupes et des équipements» en Afghanistan, où les Etats-Unis prévoient d'envoyer

20 000 à 30 000 soldats supplémentaires d'ici l'été, a-t-il dit.

Mardi les hélicoptères ont bombardé des repaires présumés de rebelles, tuant cinq personnes et blessant dix autres, dont un soldat en permission dans la région, ont précisé des responsables locaux.

La maison d'un chef taliban local, Iftikhar Khan, a été détruite, et les maisons de plusieurs suspects rasées, a indiqué un responsable sous couvert d'anonymat.

Les troupes pakistanaises ont saisi une grande quantité de munitions dans un entrepôt de Jamrud, selon M. Hayat.

Cette opération «massive» se poursuivra jusqu'à ce que l'armée pakistanaise parvienne à son objectif: se débarrasser des «repaires» rebelles, a ajouté M. Hayat.

L'enjeu est d'importance: environ 80 % du ravitaillement des troupes internationales déployées en Afghanistan viennent du Pakistan, du carburant aux équipements lourds, en majorité via la passe de Khyber.

L'Afghanistan ne disposant d'aucun accès à la mer, la plus grande partie du matériel destiné aux troupes est expédiée par bateau à Karachi, le grand port pakistanais, d'où il est expédié par camions vers Peshawar, puis à travers les zones tribales jusqu'à Jalalabad, en Afghanistan.