Chine - Le procès des responsables du lait contaminé à la mélamine débute

Après le scandale, le procès. Les personnes à l'origine de la contamination du lait à la mélamine, en Chine, ont commencé à être jugées hier dans la région du Hebei, au nord du pays. Au total, six trafiquants et revendeurs font désormais face à la justice pour ce vaste scandale qui a eu une résonance au Canada, où quelques produits frelatés importés de Chine ont été découverts au courant de l'automne.

Selon l'agence Chine Nouvelle, cette contamination de la chaîne alimentaire par la mélamine, une résine d'ordinaire utilisée pour la fabrication du plastique, aurait jusqu'à maintenant entraîné la mort de six enfants dans l'Empire du milieu en plus d'en rendre malades près de 300 000 autres, ont indiqué les autorités chinoises. Riche en azote, la mélamine sert parfois à dissimuler l'introduction d'eau dans le lait.

Au coeur de cette affaire, deux des accusés traduits hier devant le tribunal de Shijiazhuang auraient vendu près de 800 tonnes de cette substance à des producteurs laitiers. Une partie de leur production s'est par la suite retrouvée dans les usines de l'entreprise Sanlu, qui, en septembre dernier, après avoir tenté d'étouffé l'affaire, a reconnu avoir mis sur le marché du lait en poudre contaminé pour nourrisson. Sanlu, entreprise chinoise propriété à 43 % de la compagnie néo-zélandaise Fonterrra, produisait un lait bon marché et populaire largement distribué en Chine.

L'entreprise a fermé ses portes en septembre dernier et a engagé une procédure de faillite, a souligné l'agence de presse chinoise. Pour sa part, l'ancien patron de Sanlu, Tian Wenhua, se retrouvera face à la justice le 31 décembre prochain. Il pourrait être condamné à mort, la loi chinoise prévoyant une telle peine pour les gens qui ont sciemment produit ou vendu de la nourriture contenant des produits non alimentaires toxiques à l'origine de problèmes de santé chez les consommateurs. «Dans les cas les plus graves, où il y a décès, la peine est d'au moins dix ans de prison [et peut-être] une condamnation à vie ou même la peine de mort», a indiqué Li Xiongbing, qui défend plusieurs plaignants.

La crise de la mélamine dans le lait pour nourrisson et autres produits dérivés a par ailleurs dépassé les frontières de la Chine après la découverte de plusieurs produits contaminés dans d'autres pays, dont le Canada. En octobre dernier, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a d'ailleurs battu le rappel de plusieurs friandises soupçonnées de contenir du lait en poudre importé de Chine. Une boisson de lait aux fraises, vendue dans des commerces chinois spécialisés au Canada, s'est également retrouvée dans la ligne de mire des autorités sanitaires canadiennes.

Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui évalue pour sa part à 47 000 le nombre d'enfants touchés par cette contamination en Chine, ce scandale met en «évidence la vulnérabilité de la chaîne alimentaire mondiale, l'interconnexion de la santé mondiale et la nécessité pour les pays d'adopter des mesures énergiques afin d'assurer la sécurité sanitaire des aliments», a indiqué hier l'organisme international en présentant ses «10 thèmes de santé publique prioritaires pour 2009».

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Avec AFP et Reuters

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