Frappes aériennes et fouilles nocturnes en Afghanistan - La Commission des droits de l'homme critique l'OTAN

Kaboul — Les frappes aériennes meurtrières et les fouilles nocturnes parfois violentes effectuées par les forces de la coalition risquent de retourner l'opinion publique afghane contre les soldats étrangers, prévient la Commission indépendante des droits de l'homme en Afghanistan dans un rapport publié hier à Kaboul. La Commission avertit que les troupes de l'OTAN minent les efforts qu'elles font depuis sept ans pour gagner le coeur des Afghans.

Nombre de ceux-ci, souligne le rapport, ont en effet vu des membres de leur famille être tués ou blessés, leurs propriétés être détruites ou endommagées, ou leurs maisons être investies par des militaires en pleine nuit sans raison apparente ni autorisation légale. La Commission déplore que ces civils afghans soient laissés dans l'incertitude quant à l'identité des auteurs de ces actes contre leur famille et à leurs motifs. Ils gardent l'impression que les coupables ne sont jamais punis pour leurs actes et que rien ne les empêche de les répéter.

Le rapport de 55 pages souligne que les raids nocturnes donnent souvent lieu à des «comportements abusifs» et à des «introductions brutales», qui suscitent presque autant de colère envers les forces de la coalition que les frappes aériennes. Plusieurs disent avoir été réveillés au milieu de la nuit, ligotés et violentés.

De nombreux récits circulent dans la population, et la Commission reconnaît qu'il n'est pas toujours facile d'en établir l'exactitude ou la véracité. Mais la prévalence de telles histoires et les vérifications que la Commission a pu faire laissent croire que ces abus sont bel et bien commis, avec une certaine régularité.

L'OTAN a fait savoir hier qu'elle avait pris acte des critiques contenues dans le document. Un porte-parole de la coalition, le capitaine Mark Windsor — un Britannique —, a fait valoir que les militaires avaient un travail à faire, tout en admettant qu'ils doivent faire preuve de retenue.

Les ministres canadiens de la Défense, Peter MacKay, et du Commerce international, Stockwell Day, ont récemment rejeté du revers de la main les plaintes du président afghan, Hamid Karzai, au sujet de l'utilisation d'une force excessive, en affirmant qu'elles ne servaient qu'à préparer le terrain en vue de l'élection présidentielle de l'année prochaine.

Le président Karzai s'est d'ailleurs rendu hier dans la province de Khost (sud-est) pour assister à une cérémonie en l'honneur de trois civils récemment tués par un raid de l'armée américaine, et prier avec leurs familles.

Arrivé de Kaboul par hélicoptère, Hamid Karzai a été accueilli par plusieurs centaines d'habitants sur le campus de l'université de Khost, surveillé par un imposant service d'ordre. «Je suis venu offrir mes prières aux familles des martyrs victimes des opérations des forces de la coalition», a-t-il déclaré.

La cérémonie de prière était organisée en l'honneur des trois personnes, dont une femme, tuées le 17 décembre lors d'un raid américain sur leur maison. L'armée américaine a affirmé que ces personnes étaient des rebelles liés au réseau al-Qaïda. Les villageois ont eux indiqué qu'elles étaient de simples civils.

«Il était 11 heures du soir. Nous avions des invités à la maison, et les Américains sont arrivés sans prévenir. Ils ont tué une femme, un homme et un enfant de notre famille. Puis ils ont emmené cinq personnes de notre famille. Ils ont même fouillé un nouveau-né de six jours», a raconté sur place un membre de la famille, le «Docteur» Bilal. Les anciens du village ont demandé à M. Karzai la fin des opérations américaines meurtrières et des fouilles de maisons.

Hamid Karzai leur a déclaré qu'il avait parlé de cet incident au chef d'état-major américain, l'amiral Michael Mullen, en visite le week-end dernier à Kaboul. «Je lui ai fait part des inquiétudes et des griefs des victimes civiles» des opérations de la coalition sous commandement américain, a ajouté M. Karzai, en assurant que l'amiral Mullen lui avait «promis qu'à partir de maintenant, de telles opérations n'arriveraient plus».

M. Karzai, qui ne cesse de dénoncer la brutalité des opérations militaires américaines, a également déclaré aux villageois qu'il relayerait leurs inquiétudes auprès des Nations unies afin de «mettre la pression sur les forces étrangères pour qu'elles cessent» ces opérations.

Près de 70 000 soldats étrangers, dont 2500 Canadiens dans la province de Kandahar, sont actuellement déployés en Afghanistan pour soutenir le gouvernement de M. Karzai face à l'insurrection menée notamment par les talibans, chassés du pouvoir par la coalition à la fin 2001. Les opérations militaires étrangères, en premier lieu les bombardements, contre les rebelles afghans ont tué des centaines de civils au cours des sept dernières années.

L'année 2008 ayant été la plus meurtrière pour les forces internationales depuis leur arrivée en Afghanistan. La semaine dernière, l'amiral Michael Mullen, le chef d'état-major interarmées américain, a annoncé, lors d'une rencontre avec la presse, l'envoi en Afghanistan de 20 000 à 30 000 soldats américains, d'ici à l'été 2009. Les forces américaines représentent déjà, à l'heure actuelle, plus de 30 000 hommes.

À voir en vidéo