Afghanistan - L'OTAN encourage des alliances avec les tribus

Kaboul — Alors que les États-Unis préparent l'envoi de renforts en Afghanistan, les responsables du gouvernement de Kaboul contactent en coulisse des chefs de tribus dans les campagnes pour tenter de saper l'influence croissante des talibans.

Cette démarche s'inscrit dans une nouvelle stratégie de l'OTAN et de Washington, à l'image de celle mise en oeuvre avec un certain succès en Irak par le général américain David Petraeus. Il s'agit de promouvoir les pouvoirs traditionnels locaux et de rétablir l'autorité dans des régions où l'anarchie alimente l'insurrection islamiste.

«Le seul moyen d'apporter la paix et la stabilité à ce pays est de rétablir l'autorité traditionnelle d'individus au sein de la communauté en matière de gouvernement et de sécurité», fait valoir Barna Karimi, un responsable de la direction indépendante pour la gouvernance locale (IDLG).

Cet organe du gouvernement afghan supervise les contacts avec les anciens des tribus des régions rurales du pays, dont la parole est respectée et qui, souvent, fixent les lois locales.

L'IDLG compte s'appuyer sur des chouras, des réunions tribales, pour le recrutement de civils au sein des forces de l'armée et de la police.

Le commandant des troupes de l'OTAN en Afghanistan, le général américain David McKiernan, a recommandé ce plan à Washington le mois dernier.

«Ils discutent de l'idée d'habiliter des milices locales et se concentrent sur l'argent, le développement, la formation et la gouvernance», déclare un diplomate de l'Alliance à Bruxelles.

En contribuant à assurer la sécurité au niveau local, les chouras réduiraient la pression sur des forces afghanes en pleine reconstruction.

D'après des responsables de l'OTAN, le plan sera dans un premier temps mis en place, à titre expérimental, dans les régions qui bordent l'axe routier stratégique reliant Kaboul à Kandahar, la principale ville du Sud.

Le général McKiernan a évoqué la possibilité de fournir aux chouras «des moyens, une autorité et certaines ressources» mais refuse de comparer ce plan à la création de milices supplétives sunnites en Irak.

McKiernan, comme d'autres responsables, ne veut pas non plus parler d'armer des milices, une idée potentiellement dangereuse dans un pays aux rivalités ethniques et tribales complexes qui peuvent opposer deux villages, deux clans, deux vallées.

La question de savoir jusqu'à quel point les chouras locales pourront armer leurs communautés fait actuellement l'objet d'un débat entre le gouvernement afghan et la force de l'OTAN. Le président afghan Hamid Karzai a estimé cette semaine qu'armer des milices serait une «catastrophe».

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