Ciudad Juárez, au Mexique - Otages des narcos

Des médecins ont manifesté au début du mois à Ciudad Juárez.
Photo: Agence France-Presse (photo) Des médecins ont manifesté au début du mois à Ciudad Juárez.

Un matin, les employés du jardin d'enfants Elena Garro, à Ciudad Juárez, découvrent une note menaçante accrochée aux murs colorés du bâtiment. Ils devront remettre leur prime de fin d'année, sinon les enfants seront kidnappés. La police a retiré l'affiche avant l'arrivée des enfants. Les faits remontent au 12 novembre. Depuis, enseignants et élèves de cette ville ultraviolente vivent dans la terreur et les avis d'extorsion anonymes se multiplient, accrochés aux grilles des écoles de la ville. Les parents renoncent à envoyer leurs enfants en cours et plusieurs établissements ont décidé de fermer leurs portes. Les autorités de Ciudad Juárez n'ont procédé à aucune arrestation. Ils suspectent les cartels de narcotrafiquants, qui chercheraient de nouvelles sources de financement. Sans exclure qu'il s'agisse de délinquants qui tentent de profiter du climat de terreur.

Dans cette ville d'un million et demi d'habitants, à un jet de pierre des États-Unis, les affrontements entre les cartels de la drogue de Juárez, Tijuana et Sinaloa, qui se disputent le contrôle de la zone, ont fait plus de 1400 victimes en 2008. Des centaines de jeunes femmes ont trouvé la mort depuis quinze ans dans des crimes jamais élucidés. Les commerçants et les hommes d'affaires reçoivent régulièrement des messages d'extorsion assortis de menaces de mort ou d'enlèvement. Mais, jamais les enseignants et leurs élèves n'avaient été visés dans cette ville capitale de la violence au Mexique, qui concentre un quart des crimes commis dans le pays.

Les professeurs ne sont pas les seuls à avoir peur. Les médecins et les infirmiers sont terrorisés par les tueurs qui arpentent les couloirs des hôpitaux, à la recherche des blessés qu'ils sont venus achever. Début novembre, un patient a été exécuté alors qu'il se trouvait sur la table d'opération. Il y a deux semaines, une manifestation de centaines de membres du personnel soignant dénonçait le manque de sécurité dans les hôpitaux. Peu avant, la Croix-Rouge avait suspendu ses activités pendant 24 heures, à la suite de menaces lui intimant de ne plus soigner les blessés par balle. Les médecins légistes se plaignent, eux, d'une surcharge de travail: chaque jour, ils doivent réaliser entre dix et quinze autopsies de victimes du crime organisé. Les cliniques ferment.

Gilet pare-balles

Épouvantés, de plus en plus d'habitants choisissent l'exode. D'après une association d'entreprises, environ 3000 familles ayant la double nationalité ont préféré partir à El Paso au Texas, du côté américain de la frontière. Plusieurs sociétés envisagent de déserter les lieux, emmenant leurs employés vers des régions plus sûres. Quant aux journalistes, depuis l'assassinat du chroniqueur judiciaire Armando Rodriguez à la mi-novembre, certains enfilent un gilet pare-balles pour aller travailler. Les autorités de l'État de Chihuahua songent à instaurer un couvre-feu à Ciudad Juárez. La violence a explosé ces deux dernières années, depuis que le président mexicain, Felipe Calderón, a déclaré la guerre aux narcotrafiquants, qui, décapités et attaqués, mènent des guerres internes sans fin. «Nous sommes dépassés par la violence», avouait récemment un représentant du gouvernement régional.

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