L'Inde et le Pakistan sont au bord de la guerre

Islamabad et New Delhi — La situation s'est considérablement dégradée entre l'Inde et le Pakistan au cours des dernières 24 heures, avec une intensification des affrontements au Cachemire et l'attaque de deux postes de police indiens, malgré les efforts diplomatiques de la communauté internationale pour faire baisser la tension.

Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, se rendra en Inde et au Pakistan «au début de la semaine prochaine», a annoncé hier le président américain George W. Bush, qui veut tenter de désamorcer les tensions entre les deux pays.


Le premier ministre indien Atal Behari Vajpayee a réuni d'urgence hier à la mi-journée les trois principaux ministres en matière de sécurité, George Fernandes (Défense), Jaswant Singh (Affaires étrangères) et Lal Krishna Advani (Intérieur). Aucune information n'a filtré de cette réunion.


De son côté, le président pakistanais Pervez Musharraf a affirmé hier envisager «très sérieusement» des mouvements de troupes pakistanaises de la frontière afghane vers la frontière indienne tout en assurant qu'un conflit n'aura lieu entre l'Inde et le Pakistan que «s'il est entamé par l'Inde».


Quelques instants avant la déclaration présidentielle, un communiqué officiel du gouvernement avait annoncé que le Pakistan avait commencé à déplacer les troupes dont il disposait à sa frontière occidentale (Afghanistan) pour regarnir sa frontière orientale avec l'Inde.


Les affrontements au Cachemire, territoire disputé par l'Inde et le Pakistan, ont fait au moins une vingtaine de victimes indiennes et pakistanaises depuis mercredi soir.


Pour la première fois depuis la guerre indo-pakistanaise de 1971, la localité de Poonch a été la cible de violents bombardements pakistanais de mercredi soir à hier matin, qui ont fait au moins sept morts et trente blessés, provoquant une puissante riposte de l'artillerie indienne, selon un porte-parole militaire indien à Jammu, dans le sud du Cachemire.


Trois attaques distinctes se sont également produites dans la nuit au Cachemire contre des postes de police indiens et des forces paramilitaires, vraisemblablement perpétrées par les militants islamistes, causant la mort de quatre policiers, deux soldats et un civil.





La frontière s'embrase


L'action la plus violente s'est produite mercredi soir contre un poste de police du district de Doda, à 170 kilomètres au nord de Jammu, capitale d'hiver de la province, investi par un groupe de rebelles qui ont tué les trois policiers de service. À la mi-journée hier, la police a indiqué que les assaillants se trouvaient toujours à l'intérieur du bâtiment, théâtre d'un affrontement important. Deux membres de ce groupe de rebelles ont été abattus au cours d'une fusillade les opposant à des troupes paramilitaires et des soldats indiens.


Un expert indien, Balraj Puri, a estimé que Poonch n'était pas le seul secteur actuellement en train de s'embraser. «Toute la frontière est tendue. Les deux côtés enregistrent de lourdes pertes», a-t-il dit.


«Le conflit n'aura lieu que s'il est entamé par l'Inde», a quant à lui affirmé Pervez Musharraf, ajoutant devant la presse que le «Pakistan veut vivre en paix avec tous ses voisins, y compris l'Inde», qu'il a une nouvelle fois appelée à «venir à la table de négociation».


Moscou a d'ailleurs indiqué hier que le Pakistan doit «faire le premier pas pour débloquer la situation avec l'Inde», ajoutant que la «Russie soutient la position indienne qui demande de mettre fin au mouvement de groupes terroristes à la frontière» indo-pakistanaise.


MM. Musharraf et Vajpayee sont attendus début juin à Almaty (Kazakhstan) pour y discuter séparément avec le président russe Vladimir Poutine du conflit qui les oppose sur le Cachemire.


Signe de grande tension, un responsable du gouvernement local a annoncé que les écoles au Cachemire pakistanais allaient fermer à compter de demain, plus tôt que prévu à l'approche des vacances, en raison des bombardements indiens sur la région.


Le gouvernement américain est en train de préparer un plan d'évacuation massive de quelque 64 000 Américans d'Inde et du Pakistan alors que la tension monte entre les deux puissances nucléaires au sujet du Cachemire, a annoncé hier le quotidien USA Today .


Une équipe du gouvernement américain est actuellement en Inde et travaille sur un plan pour procéder si nécessaire à l'évacuation de 1100 soldats américains répartis sur trois bases au Pakistan et de 63 000 ressortissants américains dans les deux pays, a indiqué le quotidien.