L'étau se resserre sur Mugabe - Condoleezza Rice se joint aux voix qui réclament la démission du président zimbabwéen

Harare — Au lendemain de l'appel à l'aide lancé par le Zimbabwe, la secrétaire d'État, Condoleezza Rice, a estimé hier qu'il était «plus que temps» pour le président zimbabwéen Robert Mugabe de passer la main et a incité les États de la région à faire pression pour qu'il démissionne.

En Afrique du Sud, d'où une mission d'évaluation se rendra la semaine prochaine au Zimbabwe, c'est l'archevêque Desmond Tutu qui a réclamé le départ du président Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance, en 1980.

Se joignant à ce concert, des diplomates européens ont annoncé que l'UE pourrait prendre de nouvelles sanctions contre le Zimbabwe la semaine prochaine si aucun progrès n'est enregistré dans le blocage sur le partage du pouvoir avec l'opposition.

Le gouvernement zimbabwéen a lancé jeudi un appel pressant à la communauté internationale pour qu'elle l'aide à combattre le choléra qui a fait au moins 565 morts et touché plusieurs milliers de personnes.

La nation d'Afrique australe, au bord de l'effondrement économique et prise dans une crise politique, est incapable de faire face à l'épidémie. Les personnels médicaux ne sont pas payés, les hôpitaux manquent de médicaments.

«Il est plus que temps pour Robert Mugabe de s'en aller. Si la communauté internationale de comprend pas aujourd'hui qu'il est temps de faire ce qu'il convient, je ne sais pas quand elle le comprendra», a déclaré Rice en déplacement à Copenhague.

«Le fait est que l'élection [le scrutin présidentiel de juin] a été une imposture, que le processus de discussions sur un partage du pouvoir est une imposture et nous n'assistons pas simplement à un total désastre politique et économique, mais aussi au tribut humanitaire d'une épidémie de choléra», a-t-elle ajouté.

Et si Mugabe refuse?

La veille, Desmond Tutu avait tenu des propos similaires à la télévision publique néerlandaise. «Je pense que le monde doit maintenant lui dire: "Vous avez été responsable d'une multitude de violations flagrantes et vous allez être inculpé à La Haye à moins que vous démissionniez".»

Et si Mugabe refuse ? «Ils doivent le faire militairement», avait répondu l'archevêque anglican.

Selon l'ONG Oxfam, 300 000 personnes au moins affaiblies par les pénuries alimentaires sont menacées par la maladie.

«Des millions de personnes sont d'ores et déjà confrontées à la faim. Avec un chômage supérieur à 80 % et des pénuries alimentaires dans tout le pays, ils doivent à présent combattre le choléra et d'autres maladies, aggravés par la disparition des systèmes d'eau potable et d'évacuation des eaux usées», souligne Peter Mutoredzanwa, directeur d'Oxfam pour le Zimbabwe, dans un communiqué.

Des milliers de Zimbabwéens franchiraient chaque jour la frontière sud-africaine en quête de traitement ou de conditions de vie meilleures.

Le Mozambique a annoncé hier avoir placé toutes les régions frontalières du Zimbabwe en état d'alerte maximale pour prévenir l'extension de la maladie.

«L'arrivée massive et non contrôlée de Zimbabwéens au Mozambique où ils espèrent trouver de meilleures conditions de vie en raison de la crise économique est une porte ouverte à la propagation de la maladie qui est également en train de nous affecter», a dit un porte-parole du ministère de la Santé.