L'Europe obsédée par l'immigration

Londres et Rome — Le gouvernement britannique a dévoilé hier une nouvelle réglementation durcissant sa politique en matière d'immigration, interdisant notamment aux demandeurs d'asile, dont la requête a été rejetée, de faire appel devant une juridiction du pays.

Cette annonce survient concomitamment à la publication de statistiques montrant qu'au cours du premier trimestre de cette année, 19 520 personnes ont demandé à bénéficier du statut de demandeur d'asile, soit 1520 de plus qu'au cours du trimestre précédent. On a rejeté les trois quarts de ces demandes. Près de 3000 demandeurs d'asile ont été reconduits aux frontières, le gouvernement ayant accéléré les procédures d'expulsion et affrété des vols nolisés pour renvoyer les demandeurs déboutés.


La question de l'asile est plus que jamais d'actualité en Grande-Bretagne comme dans toute l'Europe occidentale, et le premier ministre travailliste Tony Blair a souligné qu'il faut la traiter dans un esprit de fermeté et d'équité si le royaume veut faire l'économie des poussées électorales de l'extrême droite populiste comme en France et aux Pays-Bas.


Le secrétaire au Home Office, David Blunkett, s'est félicité de l'accélération du traitement des dossiers des demandeurs d'asile. «Tout le monde y gagne avec une procédure plus rapide. D'un côté, les passeurs et les immigrants clandestins sont prévenus que nous augmentons les mesures de rapatriement. De l'autre, les réfugiés qui ont besoin d'être protégés le sont aussi vite que possible.»


Les nouvelles dispositions législatives autoriseront le renvoi des demandeurs d'asile déboutés dans leur pays d'origine ou dans un des pays par lesquels ils auront transité pour se rendre en Grande-Bretagne. Ce n'est qu'alors qu'ils pourront faire appel de la décision des autorités britanniques leur refusant l'asile, a précisé un représentant du ministère du Home Office.


La Grande-Bretagne reste une destination privilégiée pour les candidats à l'asile en Europe venant notamment de l'Irak, de l'Afghanistan et du Sri-Lanka. Ce phénomène crée des problèmes avec ses voisins du continent, comme c'est le cas avec la France, où le camp de transit de Sangatte est devenu un tremplin pour les candidats à l'entrée clandestine en Grande-Bretagne.





Pression de l'opinion publique


D'autre aprt, la future police européenne des frontières a été mise sur les rails hier lors d'une réunion à Rome des ministres de l'Intérieur de 28 pays européens (les quinze de l'Union européenne plus les douze pays candidats et la Turquie) mais il faudra du temps pour la rendre opérationnelle. «C'est faisable, aucun obstacle insurmontable n'empêche l'action, mais beaucoup de travail reste à faire», a commenté le ministre français Nicolas Sarkozy en insistant sur la nécessité d'harmoniser les politiques d'asile et d'immigration.


Les aéroports internationaux de 25 pays européens ont servi de banc d'essai, entre le 24 avril et le 21 mai, à une opération-pilote de coopération dans les contrôles de police. Les résultats rendus publics hier sont parlants. 4500 immigrés tentant d'entrer illégalement en Europe ont été appréhendés. La plupart venaient de Chine et d'Équateur mais également du Brésil, de l'Angola, du Nigeria et du Sénégal. Les grands aéroports de transit en Europe sont ceux de Paris, Milan, Amsterdam et Lisbonne.


«Nous avons commencé par les aéroports car ils sont les points de passage les plus importants pour les immigrants illégaux, même si les débarquements par la mer sont plus spectaculaires», a souligné le ministre italien Claudio Scajola, coprésident de cette réunion avec son homologue espagnol Mariano Rajoy, dont le pays assure la présidence semestrielle de l'UE.


Aucune décision n'a été prise à Rome. Ce n'était pas le but du séminaire, destiné avant tout à sonder les États membres sur un projet emblématique mais difficile à concrétiser. Une synthèse de leurs réflexions sera présentée lors de la prochaine réunion des ministres de la Justice et de l'Intérieur des Quinze, en juin à Luxembourg, afin de «pouvoir prendre des mesures immédiates», selon le ministre espagnol.


La pression de l'opinion publique et la montée des mouvements populistes et xénophobes dans toute l'Europe était présente dans les esprits à Rome et les chefs d'État et de gouvernement ont décidé de faire de la lutte contre l'immigration clandestine une de leurs priorités. Elle sera le thème du sommet européen les 21 et 22 juin à Séville). Plusieurs pays, comme l'Italie et la Grande-Bretagne, ont déjà entamé un durcissement de leurs législations sur l'immigration. «L'opinion publique demande des résultats mais l'exaspération n'est pas toujours bonne conseillère. Il ne faut pas passer du laxisme à l'Europe forteresse», a toutefois souligné Nicolas Sarkozy.