Irak: une résolution en faveur de la guerre s'expose à un triple veto

Un F-16 américain utilisé pour patrouiller le nord de l’Irak à partir de la Turquie.
Photo: Agence Reuters Un F-16 américain utilisé pour patrouiller le nord de l’Irak à partir de la Turquie.

Tandis que Washington accusait Bagdad de produire secrètement de nouveaux missiles, la France, la Russie et la Chine ont indiqué qu'elles envisageaient d'utiliser leur veto pour bloquer une nouvelle résolution si celle-ci était mise aux voies prochainement.

Paris, Moscou et Berlin ont réaffirmé hier leur opposition au vote, au Conseil de sécurité, d'une deuxième résolution ouvrant la voie à la guerre en Irak. En fait, la France, la Russie, et aussi la Chine, ont laissé entendre assez clairement qu'elles envisageaient d'y opposer leur veto si nécessaire.

À l'issue d'une rencontre avec ses homologues russe et allemand, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a dit hier que ces pays «ne laisseraient pas passer un projet de résolution qui autoriserait un recours à la force». Affirmant que la Russie et la France «prendront toutes leurs responsabilités au Conseil de sécurité» de l'ONU, le chef de la diplomatie française a toutefois ajouté: «Les inspections ne peuvent se poursuivre indéfiniment. Notre objectif commun demeure le désarmement effectif et complet de l'Irak.»

La Russie a indiqué qu'elle n'excluait pas d'utiliser son droit de veto à l'ONU. Igor Ivanov a dit que c'était le peuple irakien qui allait faire les frais des plans américains visant à renverser Saddam Hussein et que cela ferait le jeu des islamistes.

Le ministre russe a précisé hier que la Chine, également membre permanent du Conseil de sécurité, «partage l'approche» de Paris, Berlin et Moscou sur le dossier irakien.

À l'opposé, à Londres, le premier ministre britannique Tony Blair s'est déclaré «confiant» dans la possibilité de rassembler les neuf voix indispensables à l'adoption d'une deuxième résolution sur l'Irak au Conseil de sécurité.

En même temps, Berlin disait estimer que les États-Unis n'avaient pas de majorité au Conseil de sécurité pour faire adopter cette nouvelle résolution.

Face à cette situation, à Moscou, un haut responsable du département d'État américain, Stephen Rademaker, a réaffirmé que les États-Unis n'avaient pas juridiquement besoin d'une deuxième résolution pour lancer une offensive contre l'Irak.

Les États-Unis décideront «en début de semaine prochaine quand ils soumettront au vote» du Conseil de sécurité une nouvelle résolution leur permettant de déclencher les hostilités contre l'Irak, avait indiqué mardi le secrétaire d'État américain Colin Powell.

«Nous allons attendre ce que [les chefs des inspecteurs en désarmement] Hans Blix et Mohamed el-Baradeï ont à dire dans leur rapport vendredi [demain]», avait-il ajouté.

Hier également, le secrétaire d'État américain Colin Powell a affirmé que l'Irak n'a pas décidé de désarmer.

De nouvelles informations des services de renseignement montrent que les dirigeants irakiens ont ordonné la poursuite de la fabrication de missiles al-Samoud 2, dont des stocks ont commencé à être détruits depuis samedi, a-t-il affirmé 48 heures avant une réunion du Conseil de sécurité pour entendre un nouveau rapport des chefs des inspecteurs de l'ONU sur le désarmement irakien.

À New York, le directeur de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspections de l'ONU, Hans Blix, a pourtant dit estimer que l'Irak avait «coopéré de manière active le mois dernier».

Selon le secrétaire d'État américain, l'Irak a l'intention de détruire «seulement une partie» de ses missiles al-Samoud, dont il a promis à l'ONU la destruction totale. Il a aussi affirmé que «si les divisions [au Conseil de sécurité] continuent, cela ne fera que convaincre Saddam Hussein qu'il a raison».

Limiter le nombre de victimes civiles

À Washington, le président George W. Bush a eu une réunion hier avec les responsables des plans pour une éventuelle attaque contre l'Irak, dont le général Tommy Franks, commandant en chef des forces américaines dans le Golfe, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et le général Richard Myers, chef d'état-major interarmées américain.

Le Pentagone s'est dit déterminé hier à limiter le nombre des victimes civiles en Irak en cas de guerre grâce à la précision accrue de ses bombes et un soin donné aux ciblages mais sans exclure des bavures, a dit le général Franks en conférence de presse.

Les risques d'erreur devraient être réduits grâce à la forte augmentation des bombes de précision dans l'arsenal américain et à des études précises par les services de renseignement de la localisation des objectifs militaires, a-t-il déclaré.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, a répété que le président américain n'avait encore pris aucune décision sur une éventuelle opération armée pour désarmer Bagdad. Mais le général Franks a noté que «si le président des États-Unis décide d'agir, nous sommes en position de fournir l'option militaire» et «il n'y a pas de doute que nous vaincrons».

En Turquie, où le Parlement avait voté le week-end dernier contre la présence de forces américaines pour une éventuelle guerre contre l'Irak, un éventuel changement d'attitude pourrait survenir après l'intervention du chef d'état-major de l'armée turque, le général Hilmi Oztok, qui a clairement apporté son soutien au déploiement.

Pour sa part, le cardinal Pio Laghi, envoyé spécial du pape Jean-Paul II, a été reçu à la Maison-Blanche, porteur d'un message du pape contre la guerre. George W. Bush lui a affirmé la détermination américaine à obtenir un désarmement de l'Irak, selon la Maison-Blanche.

Enfin, des milliers de personnes ont manifesté hier dans plusieurs villes de France contre la guerre en Irak, et d'autres rassemblements ont eu lieu notamment en Espagne, en Égypte, en Syrie et au Sénégal tandis que les chrétiens étaient appelés à jeûner pour la paix en ce début de carême.

En France, la manifestation la plus importante s'est déroulée à Paris avec plusieurs milliers de personnes, une mobilisation moindre que lors des précédents rassemblements.

À Madrid, plusieurs milliers d'étudiants, 30 000 selon les organisateurs, ont manifesté dans le centre de la capitale au son des tam-tam et de la musique reggae.

Au Caire, ce sont des centaines de milliers de personnes qui étaient rassemblées pour une manifestation de soutien à l'Irak, à la Palestine et au régime du président Hosni Moubarak, à l'appel du parti au pouvoir.

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