«Chirac, des visas!»

Jacques Chirac à Alger en compagnie du président algérien Abdelaziz Bouteflika: il s’agit de la première visite d’État d’un président français en Algérie depuis l’indépendance de ce pays en 1962. «De grandes retrouvailles», a déclaré
Photo: Agence Reuters Jacques Chirac à Alger en compagnie du président algérien Abdelaziz Bouteflika: il s’agit de la première visite d’État d’un président français en Algérie depuis l’indépendance de ce pays en 1962. «De grandes retrouvailles», a déclaré

Alger — Jacques Chirac a été accueilli hier à Alger par plusieurs centaines de milliers d'Algériens en liesse, au premier jour d'une visite d'État du président français visant à instaurer un partenariat étroit entre les deux pays, 41 ans après leur dramatique séparation.

«Chirac, Chirac», scandaient les Algérois au passage du président français qui parcourait à pied le boulevard Zirout Youcef, sur le front de mer, en plein centre d'Alger, après être arrivé à bord d'une Mercedes 600 décapotable précédée d'une escorte de cavaliers.

Il s'agit de la première visite d'État d'un président français en Algérie depuis l'indépendance de ce pays en 1962, arrachée à l'issue d'une guerre de huit ans qui mit fin à 132 ans de présence coloniale.

Prenant par le bras son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika, qui fêtait hier ses 66 ans, il salue, serre les mains qui se tendent dans la foule compacte, dans une bousculade qui met sur les dents les dizaines d'agents des services de sécurité algériens et français encadrant de près les deux présidents.

Au son des gros tambours frappés en cadence et sous les «youyous» des femmes, ils progressent avec difficulté sur ce boulevard qui a vu autrefois défiler les troupes coloniales puis celles de l'armée de libération algérienne. Les façades des immeubles fraîchement repeintes sont couvertes de drapeaux algérien et français et de portraits des deux présidents.

Parfois surgissent des slogans plus politiques, comme «Pas de guerre en Irak», «veto pour l'Irak». Des policiers en civil arrachent aussi quelques calicots sur lesquels est inscrit «Disparus?» en référence aux 7000 personnes disparues lors des affrontements entre islamistes armés et forces de sécurité, qui ont fait plus de 100 000 morts depuis 1992.

Mais le leitmotiv, c'est «Chirac, des visas» pour la France, une véritable obsession pour les jeunes Algériens, frappés par un chômage record. «Nous n'avons plus d'espoir en Algérie, pas de diplôme, pas de travail, on ne peut rien faire ici, alors la seule solution qui nous reste, c'est le visa et la fuite», explique un jeune. Ces espoirs devraient toutefois être déçus, Paris paraissant peu décidé à aller au-delà des 180 000 visas accordés en 2002, de crainte qu'ils ne se transforment en séjour clandestin.

M. Chirac est accompagné de son épouse Bernadette et d'une imposante délégation composée de ministres, de parlementaires, d'artistes et d'hommes d'affaires d'origine algérienne pour certains.

«Ce sont de grandes retrouvailles», a dit le chanteur de raï Cheb Mami, alors que, pour la comédienne Nicole Garcia, née à Oran (ouest d'Alger), «entre l'Algérie et la France, il y a eu beaucoup de blessures, mais c'est fini. C'est l'harmonie maintenant».

Après une halte dans le quartier populaire de Bab El Oued pour fleurir la stèle érigée à la mémoire des 700 victimes des inondations catastrophiques de novembre 2001, Jacques Chirac s'est rendu en fin d'après-midi à la présidence pour des entretiens en tête-à-tête avec M. Bouteflika, ensuite élargis aux ministres.

Les deux présidents ont signé en soirée une déclaration, dite Déclaration d'Alger, exprimant la volonté des deux pays d'établir un «partenariat» politique, économique et culturel renforcé. Ils devaient s'engager à favoriser la venue des Algériens en France et des Français en Algérie, mais sans que soit explicitement mentionné le sort des harkis, ces anciens supplétifs de l'armée française qui ne peuvent retourner qu'au compte-gouttes en Algérie.