Le Canada tourne-t-il le dos au Congo?

La violence ne désarme pas dans l'est du Congo-Kinshasa, pendant que le Canada donne de plus en plus l'impression de s'en laver les mains politiquement et diplomatiquement, déplorent des ONG congolaises et internationales. «Le désengagement canadien met en danger la sécurité de centaines de milliers de civils», écrit Surendrini Wijeyaratne, l'auteur d'un rapport publié hier à ce sujet par le réputé Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI).

Le Canada a joué un rôle actif dans la transition qui a débouché à la fin de 2006 sur les premières élections libres à se tenir en République démocratique du Congo (RDC) en plus de 40 ans. Il a récemment accordé 50 millions en aide humanitaire et pour le développement à long terme. Il s'est engagé à verser 15 millions sur quatre ans à l'Initiative conjointe des Nations unies de lutte contre la violence sexuelle, une violence qui atteint dans l'est de la RDC «une intensité extrême» (2200 viols ont été recensés en juin dernier dans la seule province du Nord-Kivu). Ces engagements financiers masquent toutefois le désintérêt diplomatique et politique que manifeste de plus en plus Ottawa pour le rétablissement de la paix dans la région, souligne le rapport du CCCI.

M. Wijeyaratne sonne l'alarme. Il juge utile de rappeler au gouvernement canadien que «la paix demeure illusoire en RDC». Ainsi, note son rapport, les diplomates canadiens ne jouent plus le rôle «actif et engagé» qu'ils jouaient auparavant au sein d'instances comme la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Non plus qu'ils ne semblent vouloir s'investir dans des initiatives plus récentes comme le processus de paix de Goma, qui a donné lieu en janvier 2008 à une entente signée par Kinshasa et 22 factions armées censée mettre fin aux violences dans l'est du pays. Un processus de paix qui pourra difficilement progresser, font valoir du reste les intervenants interrogés par M. Wijeyaratne, tant qu'on ne s'attaquera pas «aux causes profondes du conflit». Le rapport déplore en particulier que les efforts de paix déployés à Goma au début de 2008, et qui sont aujourd'hui compromis, ont totalement fait l'impasse sur les liens du conflit avec l'exploitation des ressources naturelles.