Onze autres morts hier

Une partie des armes trouvées lors de l’opération de l’armée mexicaine.
Photo: Agence Reuters Une partie des armes trouvées lors de l’opération de l’armée mexicaine.

La guerre entre cartels de la drogue au Mexique a encore fait onze morts hier, dont une victime décapitée à Ciudad Juarez, réputée la ville la plus dangereuse du pays, à la frontière des États-Unis, selon les autorités locales. Les grands cartels se disputent le contrôle du trafic de drogue, en particulier pour son expédition aux États-Unis, premier client mondial de la production de cocaïne, qui atteint 950 tonnes annuelles en provenance exclusive d'Amérique latine.

Mexico — Plus de 4000 morts, déjà, en cette année 2008: la guerre de la drogue ne faiblit pas au Mexique, avec huit assassinats par balles pour la seule journée du dimanche 9 novembre dans l'État de Basse-Californie. Mais le gouvernement vient de marquer des points grâce à l'arrestation, vendredi à Reynosa, sur la frontière avec le Texas, de l'un des chefs du groupe des Zetas, assortie de la

saisie, dans la même ville, du plus important arsenal jamais confisqué aux narcotrafiquants mexicains.

Lors d'une opération menée par l'armée, les autorités ont découvert 428 armes à feu — dont 288 lourdes —, 287 grenades, un demi-million de cartouches, un millier de chargeurs, dans une maison gardée par trois jeunes gens, dont l'un était étudiant. Fusils-mitrailleurs P90 Herstal, fusils Barrett — les armes typiques des «snipers», capables d'abattre un hélicoptère ou de perforer du béton —, tubes d'explosif TNT, lance-roquettes antichar, caisses débordant de billets de banque: rien ne manquait à la panoplie des «narcos», pas même un lot de pistolets Five Seven, connus au Mexique sous le nom de «matapolicias» (tue-flics), que leurs commanditaires, les dirigeants du Cartel du Golfe, avaient fait plaquer or et incruster de pierres précieuses.

Convoi policier attaqué

Le chef arrêté ce jour-là, Jaime Gonzalez Duran, 32 ans, dit El Hummer à cause de son goût pour les gros véhicules tout-terrain, est un ancien militaire qui avait appartenu, jusqu'en 1999, au Groupe aéroporté des forces spéciales, le défunt Gafes, puis à la police judiciaire fédérale, un organisme lui aussi dissous en raison de son infiltration par le crime organisé. La police a trouvé, à son domicile de Reynosa, 150 000 dollars en liquide.

Recherché aux États-Unis, El Hummer est l'un des fondateurs des Zetas, le bras armé du Cartel du Golfe, qui a conquis récemment une plus grande autonomie à la faveur des luttes d'influence entre les différents clans de trafiquants de drogue. Célèbre pour sa brutalité, Jaime Gonzalez s'était vu gratifier d'une chanson en son honneur, un «narco-corrido» posté sur You Tube, qui vante sa «ruse» et son caractère «décidé».

C'est aussi le cas des hommes qu'il a entraînés, car un commando a tenté d'empêcher son transfert à Mexico en bloquant, avec trois véhicules et des armes de gros calibre, le convoi qui le transportait vers l'aéroport de Reynosa. Après un échange de tirs nourri, les «fédéraux» ont pu se dégager et mettre El Hummer dans l'avion.

Cette opération audacieuse n'en confirme pas moins que le crime organisé a constitué au Mexique des groupes paramilitaires, dont l'armement et la discipline au combat sont de plus en plus comparables à ceux des forces spéciales.